M. ET Mme NANSEN

Aussitôt après, les instruments commençaient leur tic-tac pour annoncer l'arrivée de deux membres de l'expédition polaire norvégienne et le retour probable du Fram dans le courant de l'été. Les premiers télégrammes furent adressés à ma femme, au roi de Norvège et au gouvernement norvégien.

La nouvelle de notre débarquement se répand bientôt dans Vardö. Immédiatement les maisons et les navires se pavoisent et la population nous souhaite la bienvenue en joyeuses acclamations. En même temps, de tous côtés affluent des dépêches. Toutes nous apportent de bonnes nouvelles. Maintenant les souffrances sont oubliées. Que le Fram arrive promptement et notre joie sera complète!

Le 16 août, le Windward lève l'ancre pour nous conduire à Hammerfest. Le bon capitaine Brown tient absolument à présenter ses devoirs à ma femme, qui doit venir me rejoindre dans ce port. Le 21, nous mouillons devant cette ville, la plus septentrionale de notre cher pays. Là également, c'est une réception enthousiaste. A ma grande joie, je rencontre Sir George Baden-Powell sur son yacht, l'Otaria, ancré dans le port. Cet excellent ami revient de la Nouvelle-Zemble, où il est allé observer l'éclipse de soleil du 9 août. De suite, il met son confortable vapeur à ma disposition. Dans la soirée ma femme me rejoint et, après une fête donnée en notre honneur par la ville d'Hammerfest, nous nous installons à bord de l'Otaria.

De tous les points du globe, c'est un flot de télégrammes de félicitations. Mais toujours aucune nouvelle du Fram. Si aucun accident ne lui est arrivé, il doit être maintenant hors de la glace. Son retard commence à devenir étrange. S'il ne rentre pas, quelle horrible anxiété pour nous!

Dans la matinée du 26 août, je suis réveillé brusquement par Sir George. Un homme insiste pour me parler. «J'arrive, répondis-je, de suite je m'habille.—Cela ne fait rien, venez comme vous êtes,» réplique mon ami. Un peu surpris, je lui demande ce dont il s'agit. Il n'en sait rien. Évidemment, c'est quelque nouvelle importante. Je passe rapidement mes vêtements et j'arrive dans le salon. C'est le chef du bureau du télégraphe; il tient une dépêche. «Voici un télégramme très intéressant pour vous, me dit-il, et pour cette raison j'ai tenu à vous l'apporter moi-même.» Qu'est-ce? Une seule chose au monde actuellement me préoccupe. En tremblant je fais sauter le cachet et je lis:

«Fridtjof Nansen,

«Le Fram est arrivé en parfait état. Tout bien à bord. Partons dans quelques heures pour Tromsö. Souhaits de bienvenue.

«Otto Sverdrup.»

Mon émotion est si vive que je puis à peine parler. «Le Fram est arrivé!» m'écriai-je enfin. Je lis et relis le télégramme; je doute du témoignage des yeux. Alors, c'est une joie générale, non seulement à bord, mais encore dans toute la ville.

Le lendemain, nous entrons à Tromsö, où le Fram est déjà mouillé. La dernière fois que nous l'avions vu, il était à moitié enfoui sous la glace; maintenant il flotte fièrement dans les eaux de la patrie. Les hurrahs éclatent joyeux et retentissants, et tout l'équipage du Fram se précipite à bord de l'Otaria. La scène de notre réunion, je renonce à la décrire.

Maintenant nous sommes tous en Norvège. L'expédition a accompli sa tâche! Nous nous acheminons ensuite vers le sud. En tête, avance un remorqueur affrété par le gouvernement, puis le Fram escorté de l'Otaria. Quelle agréable impression de rester oisif et tranquille, tandis que les autres frayent pour nous la marche!