Le bâtiment était bloqué dans une masse de glace épaisse de 8 mètres qui l'enveloppait complètement jusqu'en dessous de la quille. Sur toute sa longueur s'appuyait, à bâbord, un monticule, s'élevant, dans la partie centrale du navire, jusqu'au niveau du plat-bord. Au nord-ouest, à une distance de 13 mètres, se dressait un large et long mamelon, appelé le Grand Hummock, dont la hauteur atteignait 7 mètres. A mi-chemin, entre ce monticule et le navire, se rencontrait un chenal, long d'environ 5 mètres, tandis qu'également à 5 mètres de l'étrave se trouvait une ancienne crevasse, alors fermée par les pressions, mais qui devait se rouvrir au printemps.

LE DÉBLAIEMENT DU Fram (MARS 1895)

Sur le Grand Hummock, formé dans la convulsion du 27 janvier 1894, était établi, sur la face regardant le navire, un dépôt de boîtes de conserves et de matériel de campement recouvert de prélarts. Des ski et des traîneaux avaient été également déposés sur ce point pour le cas d'abandon du navire. A moitié route entre ce mamelon et le Fram avait été déposé le canot à pétrole; plus tard, lorsqu'un nouveau chenal s'ouvrit dans le voisinage, il fut transporté un peu plus loin. Enfin, la forge était installée à bâbord, adossée au monticule de pression situé contre les flancs du Fram. Le toit de la hutte était fait d'une série de barreaux enfoncés dans l'escarpement, sur lesquels avaient été entassés des blocs recouverts d'une solide couche de neige.

Le travail le plus urgent était de dégager le navire de l'énorme amas de glaçons que les pressions avaient entassé contre la paroi de bâbord. En cas d'un nouvel assaut survenant de ce côté, le navire courrait le risque d'être culbuté, tant que cet énorme monticule resterait debout. Le 19 mars commença le déblaiement. Le mamelon, attaqué tout à la fois par l'avant, par l'arrière et au centre, ne fut rasé qu'après un labeur acharné de huit jours. Pendant ce temps, la température se maintint entre −38° et −40°. En prenant part aux terrassements, Scott-Hansen eut un orteil gelé.

LE Fram APRÈS LE DÉBLAIEMENT (FIN MARS 1895)

Par suite du départ de Nansen et de Johansen, quelques modifications furent apportées dans le logement des hommes. Je m'installai dans la cabine du chef de l'expédition, et Jacobsen dans la mienne. Le poste de tribord n'eut plus désormais que trois cadres occupés au lieu de quatre.

Entre temps, Amundsen réparait le poêle à pétrole de l'atelier. Une fois ce travail terminé, cette pièce devint la plus agréable du bord.

Le débarquement des vivres pour l'établissement du dépôt ayant montré la nécessité d'améliorer le passage du navire sur la banquise, le déblaiement achevé, nous construisons une large passerelle en neige et en glace qui facilitera les allées et venues.