En même temps, nous faisons de fréquentes marches sur la banquise. A partir du 20 novembre je fais passer un ordre enjoignant à tous les hommes de prendre deux heures d'exercice par jour en plein air.

Il faut nous préparer à toutes les éventualités. La solidité du Fram nous inspire la plus grande confiance; néanmoins je prends des précautions afin de nous garder contre toute surprise. Pour cela, de nouvelles mesures sont ordonnées en vue d'assurer la retraite en cas de malheur. Dans ce but, le 8 octobre, le lieutenant Scott-Hansen et Mogstad font un exercice de halage de traîneau avec une charge de 89 kilogrammes. Partis à neuf heures et demie du matin, ils ne rentrent à bord qu'à cinq heures, après avoir parcouru 8 milles. A la fin du mois, nous établissons sur la glace un second dépôt renfermant six mois de vivres.

Le 28 novembre nous passons le 60° de Longitude. A cette occasion une fête est organisée à bord. Le carré est décoré de pavillons, et un somptueux dîner est servi avec accompagnement de café. Après le souper, dessert, consistant en fruits conservés.

L'année 1896 s'ouvrit par un temps magnifique, mais très froid. Une lune extraordinairement brillante resplendissait au-dessus de la banquise, dans un ciel absolument pur. Pour contempler ce beau spectacle, il fallait affronter un froid de 43 degrés.

En février, la glace, tranquille depuis un mois, commença à s'agiter de nouveau. Le 4, une pression se produisit, accompagnée des terribles grondements habituels. A midi, l'obscurité était encore si profonde, que nous ne pouvions observer les mouvements de la banquise. Le 7, pendant une excursion que nous fîmes dans la direction du sud, une large crevasse se forma tout près du navire. Lors de son ouverture, le navire reçut une secousse très très violente. Dans la nuit, nous éprouvâmes également un choc terrible, déterminé également par le même phénomène.

OBSERVATION MÉRIDIENNE AVEC LE SEXTANT ET L'HORIZON ARTIFICIEL

Le 13, accompagné d'Henriksen et d'Amundsen, j'allai examiner la banquise dans le sud. Dans cette direction, elle était découpée par de nombreux canaux. Durant notre promenade, ainsi que dans la journée du lendemain, le chenal situé près du navire s'ouvrit de plus en plus, et, le 16, une violente pression se manifesta sur ses bords. La glace craquait et mugissait, produisant un bruit comparable à celui d'une puissante chute d'eau.

Chaque jour, pour ainsi dire, de nouvelles collisions survenaient et constamment de nouvelles crevasses s'ouvraient, puis se refermaient. A cette phase de convulsions succéda une période de calme jusqu'au 10 avril. A cette date, l'agitation recommença. Dans la nuit du 15, elle fut particulièrement terrible et menaça nos dépôts, que nous dûmes ramener près du navire. Le 21 au matin, nouvelle attaque très violente. Un énorme floe, poussé contre l'arrière du navire, faillit culbuter sur le pont.

Le 13 mai, le chenal, situé entre la forge et le Fram, commença tout à coup à s'agrandir et atteignit bientôt une largeur d'environ 180 mètres. Un second canal s'étendait très loin vers le sud-est et un troisième vers le nord-est. A dix heures du soir, du «nid de corbeau» une ouverture considérable était visible dans le sud à perte de vue. En présence de cette singulière situation, je résolus d'essayer de dégager le Fram.