Les observations hydrographiques exécutées par l'expédition ont abouti à des résultats surprenants. Jusqu'ici, on croyait le bassin polaire rempli d'eau froide, à une température d'environ −1°,5. Nous avons, au contraire, découvert, en dessous de la couche superficielle froide, d'épaisses nappes d'eau relativement chaude—parfois, la température s'élève à +1°—et d'une très forte salinité. Ces eaux chaudes et salées proviennent évidemment du courant atlantique dit Gulfstream, portant au nord et au nord-est, au large de la Nouvelle-Zemble et le long de la côte ouest du Spitzberg. Arrivés dans le voisinage de ces terres, elles plongent sous la nappe superficielle plus légère et viennent remplir les profondeurs du bassin polaire. La plus haute température atteinte par cette eau se rencontre entre 375 et 450 mètres; à mesure que la profondeur augmente, elle décroît régulièrement, pour se relever ensuite aux approches du fond. Les théories sur la circulation des eaux océaniques admises jusqu'ici se trouvent ainsi modifiées dans une large mesure.

Je ne puis entrer pour le moment dans la discussion de nos nombreuses observations magnétiques, astronomiques et météorologiques. A la fin du volume, le lecteur trouvera le tableau de la température moyenne de l'air pendant chaque mois de notre voyage.

Bien des problèmes scientifiques ne sont pas encore résolus dans les régions polaires, mais notre expédition a soulevé le voile de ténèbres qui les enveloppait, et permet maintenant de se faire une idée précise d'une partie de notre globe jusque-là entourée de mystères.

L'œuvre est simplement ébauchée. Il reste encore de nombreuses et intéressantes recherches à poursuivre, qui ne pourront être menées à bien que par de longues années d'observations et par un nouveau voyage accompli dans les mêmes conditions que le nôtre. Guidés par notre expérience, les explorateurs futurs pourront choisir un équipement encore meilleur que celui du Fram; un procédé d'investigation préférable au nôtre ne peut cependant être imaginé. A bord d'un navire solide et résistant, comme l'est notre cher Fram, les naturalistes peuvent s'installer aussi confortablement que dans une station à terre, y établir leurs laboratoires et employer les instruments les plus délicats.

Une semblable expédition sera, je l'espère, prochainement organisée. Si elle part du détroit de Bering et se dirige vers le nord, ou plutôt vers le nord-est, je serais très surpris si elle ne rapportait pas des observations beaucoup plus importantes que les nôtres. Une telle entreprise exigera, par exemple, une grande patience; très certainement, une nouvelle expédition durera plus longtemps que la nôtre et devra être très bien outillée.

Notre exploration a, d'autre part, montré qu'avec de petits moyens on peut obtenir beaucoup. Si des explorateurs, parfaitement équipés, se décident à se transformer en Eskimos, et à se contenter du strict nécessaire, il est possible de parcourir des distances considérables dans des régions qui, jusqu'ici, étaient considérées comme fermées à l'homme.

AUTOGRAPHE DU Dr FRIDTJOF NANSEN

«Norvège! Norvège! Des huttes et des maisons! Aucun palais! Tu es notre pays! Tu es le pays de l'avenir!

«Björnstjern Bjorssön.»

APPENDICES