21 septembre.—Bien que le temps soit plus clair, nous n'apercevons également rien. Nous nous trouvons cependant à la même longitude, mais plus au nord, que la côte méridionale de la terre Sannikov, telle qu'elle est portée sur la carte du baron de Toll. Suivant toute vraisemblance, cette île est donc de petites dimensions et ne doit pas avoir une grande extension vers le nord.

Dans l'après-midi, temps «bouché». Nous restons immobiles, dans l'attente d'une éclaircie. L'estime nous place par 78°30′. Sondé: pas de fond! Nous découvrons la présence de punaises à bord, des passagères dont il sera nécessaire de nous débarrasser.

22 septembre.—Nous sommes dans une baie formant, nous semble-t-il, l'extrême limite de l'eau libre. Devant nous la glace est compacte, et vers le nord la teinte blanchâtre de l'horizon indique l'extension de la banquise.

Les anciens explorateurs arctiques croyaient nécessaire à la sécurité de leur navire de prendre leurs quartiers d'hiver près de la côte. C'était précisément ce que je voulais éviter. Tout mon désir était de faire entrer le Fram dans une banquise en dérive et de le tenir éloigné de toute terre. En conséquence, j'amarrai le bâtiment à un gros bloc. Le navire flotte encore librement, entouré de quelques larges floe[4], mais j'ai le pressentiment que cette glace sera notre havre d'hivernage.

[4] Floe. Glaçon d'une certaine étendue, généralement très compact. (Note du traducteur.)

Aujourd'hui guerre aux punaises. Nous faisons passer un jet de vapeur à travers les matelas, les coussins des canapés, bref à travers tous les repaires supposés de nos ennemis. Après cela, les vêtements, enfermés dans un baril soigneusement clos, sont soumis au même traitement. Espérons que nous serons débarrassés de ces désagréables compagnons.

ITINÉRAIRE DE L'EXPÉDITION NORVÉGIENNE A TRAVERS LE BASSIN POLAIRE (1893–1896)
([agrandissement])

24 septembre.—Le Fram est complètement entouré par la glace. Entre les floe s'étend déjà de la slush ice[5] qui sera bientôt très solide. Dans le nord existe encore un petit bassin d'eau libre et du «nid de corbeau» la mer apparaît dégagée dans le sud. Un phoque (Phoca fœtida), des pistes d'ours vieilles de plusieurs jours, sont les seules traces de vie relevées dans cette solitude.

[5] Slush ice. Agrégat de petits disques de glace de formation nouvelle. (Note du traducteur.)