UN SOIR D'ÉTÉ (14 JUILLET 1894)
Un paysage désespérant, tout blanc et tout gris. Aucune ombre, rien que des formes «flou», noyées dans la brume et dans la neige fondante. Tout est dans un état complet de désagrégation; à chaque instant le sol manque sous vos pieds. Un terrain très difficile pour un pauvre patineur parti à la poursuite d'un ours, qui, sans le moindre effort, passe partout. La marche est très lente et très pénible; les ski enfoncent; souvent l'eau vous monte jusqu'à la cheville; sans les patins, il serait impossible de faire un pas.
UN SOIR D'ÉTÉ (14 JUILLET 1894)
Çà et là la monotone plaine, blanche et grise, est mouchetée de taches foncées formées par les lacs et les canaux qui s'étendent au milieu des hummocks. Sur leur surface sombre, des glaçons immaculés flottent, pareils à des blocs de marbre blanc posés sur un fond noir. Parfois s'ouvre une large nappe d'eau, ridée de petites vagues qui viennent battre contre les parois du bassin en bruissant gaiement, le seul signe de vie au milieu de ce désert. Un vieil ami aimé, le bruit de ces lames joyeuses. Un instant, on pourrait véritablement se croire à une latitude plus méridionale. Mais l'illusion est de courte durée. Partout de la glace, découpée en figures fantastiques d'une variété infinie, se détachant en vigueur sur l'eau noire. Infinie est la diversité de tous ces morceaux de marbre, et toute cette merveilleuse sculpture sera détruite sans qu'un œil humain ait pu la contempler!
24 juin.—L'anniversaire de notre départ. Vent de nord, encore en dérive au sud!
Depuis le jour où nous quittions le fjord de Christiania, une longue année s'est écoulée. Dans cet intervalle nous avons accompli une bonne partie de la tâche entreprise, bien que cependant nous ne soyons pas parvenus aussi loin vers le nord que je l'espérais.
Assis à la fenêtre, je regarde passer les tourbillon de neige. Une étrange Saint-Jean. Ne croyez pas que je sois fatigué de cette monotonie de glace et de neige; non, en vérité, je ne puis le dire. Je ne soupire pas après la verdure et les bois; tout au contraire… Pendant des heures, je rêve à de nouveaux projets de voyage au milieu des banquises, lorsque celui-ci sera terminé. Je sais les résultats déjà obtenus et à peu près ceux que nous obtiendrons ensuite. Cela suffit pour que je fasse de nouveaux plans d'avenir. Mais les êtres chéris restés là-bas?…
11 juillet.—Lat. 81°18′8″. De nouveau le vent de sud. Pour le moment notre mouvement de recul se trouve encore une fois arrêté.