Nous sommes des êtres singuliers. Un jour nous sommes confiants dans nos entreprises et fermes dans nos résolutions; le lendemain, découragés et agités par le doute. Un jour, je m'illusionne dans des rêves agréables, je me figure que j'ai remporté la victoire, que je suis de retour au pays et, le lendemain, je suis en proie à l'incertitude et au scepticisme sur les résultats que nous apportera l'avenir.
18 novembre.—Assis à ma table de travail, j'entends le bruissement du moulin au-dessus de ma tête et, en même temps, les pas de Peter occupé à donner leur pitance quotidienne aux enfants de Kvik, puis tout à coup je songe que cette roue qui tourne là-haut peut être bien dangereuse pour nos élèves.
LE REPOS DOMINICAL A BORD
Dix minutes après j'entends un long aboiement plaintif comme un cri de souffrance et de détresse; presque aussitôt après le moulin s'arrête. En toute hâte je monte sur le pont. Hélas! mes craintes n'étaient que trop justifiées.
Un de nos jeunes chiens, saisi par la roue, tournoie piteusement en l'air, geignant lamentablement. Je suis tellement ému par ses lamentations qu'au premier moment je songe à abattre toute la machine d'un coup de hache pour délivrer la pauvre petite bête.
Aidé de Mogstad et de Bentzen, je parviens à arrêter le moulin et à saisir le malheureux animal. Il est heureusement encore en vie, et, bien qu'ayant reçu nombre de contusions, ne paraît pas avoir trop souffert de son voyage aérien. Tout étonné de se retrouver sur ses quatre pattes, il demeure d'abord un instant immobile, puis rapidement il reprend conscience du sol et s'enfuit en gambadant.
J'ANNONCE MES PROJETS A L'ÉQUIPAGE
Une étrange vie que celle de ces jeunes chiens, toujours dans l'obscurité de la froide nuit polaire. Dès que l'un de nous monte sur le pont avec une lanterne, immédiatement ils arrivent en folâtrant vers la lumière, comme des enfants autour d'un arbre de Noël.