A midi, position: 82°19′. J'ai tué deux pétrels arctiques et un guillemot de Brünnich (Uria Brunnichii). Nos rations vont pouvoir être légèrement augmentées; à mon grand désespoir, j'ai manqué deux phoques.

19 juin.—Avant le déjeuner, je pars reconnaître le terrain vers le sud. La glace est d'abord unie, puis bientôt apparaît un labyrinthe inextricable de canaux. Quoique les kayaks prennent eau de toutes parts, nous nous décidons à faire route sur ces esquifs à travers les fissures ouvertes dans la banquise.

La neige est toujours détrempée; à chaque pas, entre les, hummocks, on enfonce profondément dans cette couche molle et glacée.

Après le déjeuner, composé de 45 grammes de pain et de la même quantité de pemmican, les kayaks sont radoubés pour que les approvisionnements ne soient pas complètement détrempés lorsque les embarcations seront mises à l'eau.

Après un souper aussi frugal que le déjeuner, 54 grammes de pain de gluten et 27 grammes de beurre, nous nous couchons. Qui dort dîne. Pour nous, il s'agit de vivre le plus longtemps possible sans manger. La situation devient très critique: aucun gibier; plus de vivres, pour ainsi dire, et, dans toutes les directions, une banquise absolument impraticable.

J'ai essayé de capturer des crustacés à l'aide d'un filet. Insuccès complet. Je n'en ai recueilli qu'un très petit nombre, avec un ptéropode (Clio borealis). Toute la nuit je me creuse la cervelle pour trouver un moyen de nous sortir d'embarras. A coup sûr, le salut viendra!

A tout prix, nous devons gagner la terre avant que nos maigres provisions soient complètement épuisées; pour cela, il faut nous débarrasser d'une partie de nos bagages. Quand le moment sera venu, nous prendrons seulement nos fusils, nos kayaks, les quelques conserves qui nous restent et nous abandonnerons le surplus de notre équipement, la tente, le sac de couchage, la pharmacie, et tous les vêtements qui ne sont pas strictement indispensables.

CANAUX DANS LA BANQUISE (20 JUIN 1895)

20 juin.—Des vols de guillemots passent et repassent; parfois ils s'arrêtent juste devant l'entrée de la tente, et font entendre, autour de notre abri, un joyeux babillage. De trop petits oiseaux qui ne valent pas la poudre. Depuis que le vent d'ouest souffle, la faune ailée est devenue bien plus nombreuse.