Dieu a créé des signes dans les cieux: il fit la lune plus près de notre poussière. Paisible compagne de la nuit, son doux éclat répand sur nous la sérénité; elle revient veiller toujours sur le front de ceux qui sommeillent.
Je glorifie le Seigneur, celui qui ordonna à la nuit sainte du sommeil et de la mort d'avoir des voiles et des flambeaux. Terre, tombeau toujours ouvert pour nous, comme Dieu t'a parée de fleurs!
Lorsque Dieu se lèvera pour juger, il remuera le tombeau plein d'ossements, et la terre pleine de semences! Que tout ce qui dort se réveille! La foudre environne le trône de Dieu; l'heure du jugement sonne, et la mort a trouvé des oreilles pour l'entendre.
LES DEUX MUSES
J'ai vu…, oh! dites-moi, était-ce le présent que je voyais, ou l'avenir? J'ai vu dans la lice la muse anglaise s'élancer vers une couronne.
À peine distinguait-on deux buts à l'extrémité de la carrière: des chênes ombrageaient l'un, autour de l'autre des palmiers se dessi- naient dans l'éclat du soir.
Accoutumée à de semblables luttes, la muse d'Albion descendit fièrement dans l'arène, ainsi qu'elle y était venue; elle y avait jadis concouru glorieusement avec le fils de Méon, le chantre du Capitole.
Elle jeta un coup d'oeil à sa jeune rivale, tremblante, mais avec une sorte de noblesse, dont l'ardeur de la victoire enflammait les joues et qui abandonnait aux vents sa chevelure d'or.
Déjà elle retient à peine le souffle resserré dans sa poitrine ardente, et se penche avidement vers le but… La trompette déjà résonne à ses oreilles, et ses yeux dévorent l'espace.
Fière de sa rivale, plus fière d'elle-même, l'altière Bretonne mesure encore des yeux la fille de Thuiskon: «Je m'en souviens, dit-elle, je naquis avec toi chez les Bardes, dans la forêt sa- crée;