Ne lui dis point combien j'ai pleuré dans ton sein… et grâces te soient rendues d'avoir eu pitié de ma tristesse et d'avoir gémi de mes chagrins!
Aborde-la avec un visage calme, comme le mien l'est à l'instant suprême. Dis-leur que ma mort a été douce, et que je m'entretenais d'elle, que tu as entendu de ma bouche et lu dans mes yeux presque éteints ces dernières pensées de mon coeur:
«Adieu, soeur d'un frère chéri; fille céleste, adieu! Combien je t'aime! comme ma vie s'est écoulée dans la retraite, loin du vul- gaire et toute pleine de toi!
» Ton ami mourant te bénit; nulle bénédiction ne s'élèvera pour toi d'un coeur aussi sincère!
» Puisse celui qui récompense, répandre autour de toi la paix de la vertu et le bonheur de l'innocence.
» Que rien ne manque à l'heureuse destinée qu'annonçait ton visage riant en sortant des mains du Créateurs, qui t'était encore inconnu, lorsqu'il nous réservait à tous deux un avenir si diffé- rent… À toi les plaisirs de la vie, et à moi les larmes.
» Mais, au milieu de toutes tes joies, compatis aux douleurs des autres et ne désapprends pas de pleurer;
» Daigne accorder un souvenir à cet homme qui avait une âme élevée, et qui, si souvent par une douleur silencieuse, osa t'avertir humblement que le ciel t'avait faite pour lui.
» Bientôt emporté au pied du trône de Dieu, et tout ébloui de sa gloire, j'étendrai mes bras suppliants, en lui adressant des voeux pour toi.
» Et alors un pressentiment de la vie future, un souffle de l'esprit divin descendra sur toi, et t'inondera de délices…