La France et la Suède resserrent leur alliance.—Oxenstiern prend la direction des affaires.—Mort de l'électeur palatin.—Révolte des officiers suédois.—Prise de Ratisbonne par le duc Bernard.—Wallenstein entre en Silésie.—Ses projets de trahison.—L'armée l'abandonne.—Il se retire à Égra.—Ses complices mis à mort.—Fin de Wallenstein.—Portrait de Wallenstein.

[CINQUIÈME LIVRE.]

Bataille de Nœrdlingen—La France entre dans une alliance contre l'Autriche.—Paix de Prague.—La Saxe prend parti pour l'empereur.—Bataille de Wittstock gagnée par les Suédois.—Bataille de Rheinfelden gagnée par Bernard, duc de Weimar.—Prise de Brisach par Bernard.—Sa mort.—Mort de Ferdinand II.—Ferdinand III lui succède.—Retraite fameuse de Banner en Poméranie.—Ses succès.—Sa mort.—Torstensohn prend le commandement.—Mort de Richelieu et de Louis XIII.—Victoire des Suédois à Jankowitz.—Défaite des Français à Fribourg.—Bataille de Nœrdlingen gagnée par Turenne et Condé.—Wrangel commande l'armée suédoise; Mélander, l'armée de l'empereur.—L'électeur de Bavière rompt l'armistice. Il adopte à l'égard de l'empereur la même politique que la France à l'égard des Suédois.—La cavalerie de l'armée du duc de Weimar passe aux Suédois.—Prise de la ville neuve de Prague par Kœnigsmark ou dernière action d'éclat de la guerre de Trente ans.


HISTOIRE
DE LA
GUERRE DE TRENTE ANS


[PREMIÈRE PARTIE]

[LIVRE PREMIER]

Depuis l'époque où la guerre de religion commença en Allemagne, jusqu'à la paix de Westphalie, il ne s'est passé presque rien d'important et de mémorable dans le monde politique de l'Europe, où la réformation n'ait eu la part principale. Tous les grands événements qui eurent lieu dans cette période se rattachent à la réforme religieuse, si même ils n'y prennent leur source; et, plus ou moins, directement ou indirectement, les plus grands États, comme les plus petits, en ont éprouvé l'influence.

La maison d'Espagne n'employa guère son énorme puissance qu'à combattre les nouvelles opinions ou leurs adhérents. C'est par la réformation que fut allumée la guerre civile qui, sous quatre règnes orageux, ébranla la France jusque dans ses fondements, attira les armes étrangères dans le cœur de ce royaume, et en fit, pendant un demi-siècle, le théâtre des plus déplorables bouleversements. C'est la réformation qui rendit le joug espagnol insupportable aux Pays-Bas; c'est elle qui éveilla chez ce peuple le désir et le courage de s'en délivrer, et lui en donna, en grande partie, la force. Dans tout le mal que Philippe II voulut faire à la reine Élisabeth d'Angleterre, son seul but fut de se venger de ce qu'elle protégeait contre lui ses sujets protestants et s'était mise à la tête d'un parti religieux qu'il s'efforçait d'anéantir. En Allemagne, le schisme dans l'Église eut pour conséquence un long schisme politique, qui livra, il est vrai, ce pays à la confusion durant plus d'un siècle, mais qui éleva en même temps un rempart durable contre la tyrannie. Ce fut en grande partie la réformation qui la première fit entrer les royaumes du Nord, la Suède et le Danemark dans le système européen, parce que leur accession fortifiait l'alliance protestante, et que cette alliance leur était à eux-mêmes indispensable. Des États qui, auparavant, existaient à peine les uns pour les autres, commencèrent à avoir, grâce à la réformation, un point de contact important, et à s'unir entre eux par des liens tout nouveaux de sympathie politique. De même que la réformation changea les rapports de citoyen à citoyen, et ceux des souverains avec leurs sujets, de même des États entiers entrèrent, par son influence, dans des relations nouvelles les uns avec les autres; et ainsi, par une marche singulière des choses, il fut réservé à la division de l'Église d'amener l'union plus étroite des États entre eux. A la vérité, cette commune sympathie politique s'annonça d'abord par un effet terrible et funeste: par une guerre de trente ans, guerre dévastatrice, qui, du milieu de la Bohême jusqu'à l'embouchure de l'Escaut, des bords du Pô jusqu'à ceux de la mer Baltique, dépeupla des contrées, ravagea les moissons, réduisit les villes et les villages en cendres; par une guerre où les combattants par milliers trouvèrent la mort, et qui éteignit, pour un demi-siècle, en Allemagne l'étincelle naissante de la civilisation, et rendit à l'ancienne barbarie ses mœurs, qui commençaient à peine à s'améliorer. Mais l'Europe sortit affranchie et libre de cette épouvantable guerre, dans laquelle, pour la première fois, elle s'était reconnue pour une société d'États unis entre eux; et la sympathie réciproque des États, qui ne date, à proprement parler, que de cette guerre, serait déjà un assez grand avantage pour réconcilier le cosmopolite avec les horreurs qui la signalèrent. La main du travail a effacé insensiblement les traces funestes de la guerre, mais les suites bienfaisantes qui en découlèrent subsistent toujours. Cette même sympathie générale des États, qui fit ressentir à la moitié de l'Europe le contre-coup des événements de la Bohême, veille aujourd'hui au maintien de la paix qui a terminé cette lutte. Comme, du fond de la Bohême, de la Moravie et de l'Autriche, les flammes de la dévastation s'étaient frayé une route pour embraser l'Allemagne, la France, la moitié de l'Europe, de même, du sein de ces derniers États, le flambeau de la civilisation s'ouvrira un passage pour éclairer ces autres contrées.