A ta suite j'ai aspiré à tout ce qu'il y a de défendu, de mauvais et de plus lointain: et s'il est en moi quelque vertu, c'est que je n'ai jamais redouté aucune défense.
A ta suite j'ai bris ce que jamais mon coeur a adoré, j'ai renversé toutes les bornes et toutes les images, courant après les désirs les plus dangereux, - en vérité, j'ai passé une fois sur tous les crimes.
A ta suite j'ai perdu la foi en les mots, les valeurs consacrées et les grands noms! Quand le diable change de peau, ne jette-t-il pas en même temps son nom? Car ce nom aussi n'est qu'une peau. Le diable lui-même n'est peut-être - qu'une peau.
"Rien n'est vrai, tout est permis" : ainsi disais-je pour me stimuler. Je me suis jeté, coeur et tête, dans les eaux les plus glacées. Hélas! combien de fois suis-je sorti d'une pareille aventure nu, rouge comme une écrevisse!
Hélas! qu'ai je fait de toute bonté, de toute pudeur, et de toute fois en les bons! Hélas! où est cette innocence mensongère que je possédais jadis, l'innocence des bons et de leurs nobles mensonges!
Trop souvent, vraiment, j'ai suivi la vérité sur les talons: alors elle me frappait au visage. Quelquefois je croyais mentir, et voici, c'est alors seulement que je touchais - à la vérité.
Trop de choses sont à présent claires pour moi, c'est pourquoi rien ne m'est plus. Rien ne vit plus de ce que j'aime, - comment saurais-je m'aimer encore moi-même?....................
"Vivre selon mon bon plaisir, ou ne pas vivre du tout": c'est là ce que je veux, c'est ce que veut aussi le plus saint. Mais, hélas! comment y aurait-il encore pour moi un plaisir?
Y a-t-il encore pour moi - un but? Un port où s'élance ma voile?
Un bon vent? Hélas! celui-là seul qui sait où il va, sait aussi quel est pour lui le bon vent, le vent propice.