Que m'est il resté? Un coeur fatigué et impudent; une volonté instable; des ailes bonnes pour voleter; une épine dorsale brisée.
Cette recherche de ma demeure: ô Zarathoustra, le sais-tu bien, cette recherche a été ma cruelle épreuve, elle me dévore.
"Où est ma demeure?" C'est elle que je demande, que je cherche, que j'ai cherchée, elle que je n'ai pas trouvée. O éternel partout, ô éternel nulle part, ô éternel - en vain!"
Ainsi parlait l'ombre; et le visage de Zarathoustra s'allongeait à ses paroles. "Tu es mon ombre!" dit-il enfin avec tristesse.
Ce n'est pas un mince péril que tu cours, esprit libre et voyageur! Tu as un mauvais jour: prends garde à ce qu'il ne soit pas suivi d'un plus mauvais soir!
Des vagabonds comme toi finissent par se sentir bienheureux même dans une prison. As-tu jamais vu comment dorment les criminels en prison? Ils dorment en paix, ils jouissent de leur sécurité nouvelle.
Garde-toi qu'une foi étroite ne finisse par s'emparer de toi, une illusion dur et sévère! Car désormais tu es séduit et tenté par tout ce qui est étroit et solide.
Tu as perdu le but: hélas! comment pourrais-tu te désoler ou te consoler de cette perte? N'as-tu pas ainsi perdu aussi - ton chemin?
Pauvre ombre errante, esprit volage, papillon fatigué! Veux-tu avoir ce soir un repos et un asile? Monte vers ma caverne!
C'est là-haut que monte le chemin qui mène à ma caverne. Et maintenant je veux bien vite m'enfuir loin de toi. Déjà je sens comme une ombre peser sur moi.