[264] Bingham (George-Charles), troisième comte de Lucan, né à Londres, 16 avril 1800. Entra dans l'armée comme enseigne au 6e d'infanterie le 29 août 1816. Il permuta pour le 3e d'infanterie de la garde, le 24 décembre 1818, fut mis à la demi-solde le jour suivant, voyagea en Autriche et en Russie et fut réintégré comme lieutenant au 8e d'infanterie le 20 janvier 1820. Pendant la guerre de Crimée, il commanda la division de cavalerie anglaise et ordonna la charge de Balaklava (25 octobre 1854). Il fut nommé lieutenant-général en 1858, général en 1865, feld-maréchal en 1887 et mourut à Londres le 10 novembre 1888 (Dictionary of National Biography, Supplément, t. I, p. 196).

[265] Depuis 1817, à chaque renouvellement partiel de la Chambre des députés, le groupe libéral s'était trouvé accru en nombre et en puissance. Les gouvernements étrangers s'étaient inquiétés de ces succès et ils pesèrent sur Louis XVIII et sur Richelieu, pour les amener à prendre des mesures contre les libéraux. Le duc de Richelieu prépara la modification de la loi électorale, mais il ne fut pas suivi par quelques-uns de ses collègues, Decazes, Gouvion Saint-Cyr et Pasquier. Richelieu donna sa démission le 21 décembre 1818. D'abord chargé par le roi de reconstituer le ministère, il échoua dans cette tentative. Decazes fit donner la présidence du conseil au général Dessolle et prit pour lui le ministère de l'Intérieur. Le nouveau cabinet était constitué le 29 décembre 1818. Sa tendance était libérale.

[266] La chute du duc de Richelieu et son remplacement par le comte Decazes, au moment où le premier s'apprêtait à faire modifier la loi électorale à laquelle on imputait les succès des libéraux, avait vivement irrité le prince de Metternich. Plusieurs fois, dans la suite de sa correspondance avec Mme de Lieven, il reviendra sur les «affaires de France».

Malgré la rancune que le prince conservait à M. Decazes, ce mot d'aventurier ne peut désigner cet homme d'État, rien dans la vie de ce dernier ne pouvant donner prise à une appellation de ce genre. D'autre part, l'estime professée par le futur chancelier pour M. de Richelieu rend bien invraisemblable l'application de ce terme à ce ministre, encore que sa carrière mouvementée soit plus susceptible de l'expliquer.

Nous pensons donc que, par ce mot d'aventurier, M. de Metternich voulait désigner Pozzo di Borgo, alors ministre de Russie à Paris, ce qui ferait comprendre le soin mis à ne pas prononcer son nom dans une lettre destinée à l'ambassadrice de Russie à Londres.

Pozzo avait pris une part active aux incidents de la crise ministérielle française. Il a raconté lui-même son rôle dans une dépêche au comte de Nesselrode, du 20 décembre 1818/1er janvier 1819, récemment publiée dans le t. III de l'ouvrage de M. A. Polovtsoff: Correspondance diplomatique des ambassadeurs et ministres de France en Russie et de Russie en France (dépêche no 734, p. 1).

Nous renvoyons le lecteur à cette importante dépêche pour les détails du rôle de Pozzo. Encore que ce rôle se fût exercé dans un sens hostile à M. Decazes, M. de Metternich pouvait en vouloir à son acteur de son intervention maladroite.

Dans une lettre du 21 février à Mme de Lieven, le prince dit: «L'aventurier a creusé un abîme sous les pas de ceux qu'il voulait servir de la meilleure foi du monde. C'est lui en grande partie qui a mené les choses là où elles en sont.»

Dans une autre lettre (voir le no 13), M. de Metternich avait déjà dit, parlant de Pozzo: «Le terrain de Paris qu'il a tant contribué de gâter, lui paraît intenable à la longue.»

Enfin, dans une lettre à Gentz, du 16 août 1825, publiée dans ses Mémoires, t. IV, p. 195, le prince applique directement ce même nom d'aventurier à Pozzo: «Il y a des années que j'ai jugé Pozzo comme vous le faites. Il y a dans ma nature quelque chose qui me fait aller tout droit à certains hommes, comme la piste conduit le chien de chasse au gibier. A peine les ai-je flairés, qu'ils s'éloignent de moi, et dès lors il n'y a plus de rapprochement possible entre nous. Ces hommes sont plus ou moins des aventuriers comme Pozzo, Capo d'Istria, Armfeldt, d'Antraigues, etc. Sans que je connaisse les gens de cette espèce, ma nature se soulève contre eux.»