Tout à coup, je perçus nettement le bruit d'un baiser, puis quelques paroles prononcées avec animation, puis un perçant cri de femme. Une dame en robe blanche s'enfuit de la tonnelle et glissa près de moi comme une hirondelle. Il me sembla même qu'elle cachait sa figure dans ses mains pour ne pas être reconnue. Évidemment j'avais été vu de la tonnelle.

Mais quelle ne fut pas ma stupéfaction quand je reconnus que le cavalier sorti à la suite de la dame effrayée n'était autre qu'Obnoskine, lequel était parti depuis longtemps déjà, au dire de Mizintchikov. De son côté, il parut fort troublé à ma vue; toute son insolence avait disparue.

— Excusez-moi; mais je ne m'attendais nullement à vous rencontrer, fit-il en bégayant avec un sourire gêné.

— Ni moi non plus, répondis-je d'une voix moqueuse, d'autant plus qu'on vous croyait parti.

— Mais non, Monsieur; j'ai seulement fait un bout de conduite à ma mère. Mais permettez-moi de vous parler comme à l'homme le plus généreux…

— À quel sujet?

— Il est, dans la vie, certaines circonstances où l'homme vraiment généreux est obligé de s'adresser à toute la générosité de sentiment d'un autre homme vraiment généreux… J'espère que vous me comprenez?

— N'espérez pas. Je n'y comprends rien.

— Vous avez vu la dame qui se trouvait avec moi dans cette tonnelle?

— Je l'ai vue, mais je ne l'ai pas reconnue.