— «Il reste!» s'écrièrent d'une seule voix tous les assistants ravis.
— Je reste et je pardonne. Colonel, donnez du sucre à Falaléi; il ne faut pas qu'il pleure dans un pareil jour de bonheur!
Une telle générosité fut naturellement trouvée extraordinaire. Se préoccuper de ce Falaléi et dans un tel moment! Mon oncle se précipita pour exécuter l'ordre donné et, tout aussitôt, un sucrier d'argent se trouva comme par enchantement dans les mains de Prascovia Ilinitchna. D'une main tremblante, mon oncle réussit à en extraire deux morceaux de sucre, puis trois, qu'il laissa tomber, l'émotion l'ayant mis dans l'impossibilité de rien faire.
— Eh! cria-t-il, pour un pareil jour! — Et il donna à Falaléi tout le contenu du sucrier, ajoutant: — Tiens Falaléi, voilà pour ta franchise!
— Monsieur Korovkine! annonça soudainement Vidopliassov apparu sur le seuil de la porte.
Il se produisit une petite confusion. La visite de Korovkine tombait évidemment fort mal à propos. Tous les regards interrogèrent mon oncle, qui s'écria un peu confus:
— Korovkine! Mais j'en suis à coup sûr enchanté! et il regarda timidement Foma. Seulement, je ne sais s'il est convenable de le recevoir en un pareil moment. Qu'en penses-tu, Foma?
— Mais ça ne fait rien! ça ne fait rien! répondit Foma avec la plus grande amabilité. Recevez donc Korovkine, et qu'il prenne part à la félicité générale.
En un mot Foma Fomitch était d'une humeur angélique.
— J'ose respectueusement vous annoncer, remarqua Vidopliassov, que M. Korovkine n'est pas dans un état normal.