— Tout de suite, belle Madame… je voulais dire princesse! Et voici pour le thé que vous m'offrez: j'ai rencontré en route M. Bakhtchéiev. Il était si gai que je me suis demandé s'il n'allait pas se marier… De la flatterie, toujours de la flatterie! — ajouta-t-il à mi-voix et avec un clin d'oeil en passant devant moi, sa tasse à la main. — Mais comment se fait-il qu'on ne voie pas le principal bienfaiteur, Foma Fomitch? Ne viendra-t-il pas prendre son thé?
Mon oncle tressaillit comme si on l'eut piqué et regarda timidement la générale.
— Ma foi, je n'en sais rien, répondit-il avec une singulière confusion. On l'a fait prévenir, mais il… Sans doute n'est-il pas d'humeur… J'y ai déjà envoyé Vidopliassov et… si j'y allais moi-même?…
— Je suis entré chez lui, dit Éjévikine d'un ton énigmatique.
— Est-ce possible! s'écria mon oncle effrayé. Eh bien, qu'y a-t- il?
— Oui; avant tout, je suis allé le voir pour lui présenter mes hommages. Il m'a dit qu'il entendait prendre son thé chez lui et seul avec lui-même; il a même ajouté qu'il pouvait bien se contenter d'une croûte de pain sec.
Ces paroles semblèrent terroriser mon oncle.
— Mais comment ne lui expliques-tu pas, ne le persuades-tu pas.
Evgraf? dit mon oncle avec reproche.
— Je lui ai dit ce qu'il fallait.
— Eh bien?