— Pendant un bout de temps, il n'a pas répondu. Il était absorbé par un problème de mathématiques qui devait être fort difficile. Il avait dessiné les figures; je les ai vues. J'ai dû répéter trois fois ma question. Ce n'est qu'à la quatrième qu'il releva la tête et parut s'apercevoir de ma présence. «Je n'irai pas, me dit- il. Il y a un savant qui est arrivé. Puis-je rester auprès d'un pareil astre?» Ce sont ses propres paroles.

Et le vieux me lança un coup d'oeil d'ironie.

— Je m'attendais à cela! fit mon oncle en frappant des mains. Je l'avais bien pensé. C'est de toi, Serge, qu'il parle. Que faire, maintenant?

— Il me semble, mon oncle, répondis-je avec dignité et en haussant les épaules, il me semble que cette façon de refuser est tellement ridicule qu'il n'y a vraiment pas à en tenir compte et je vous assure que votre confusion m'étonne…

— Ah! Mon cher, tu n'y comprends rien! cria mon oncle avec un geste énergique.

— Inutile de vous lamenter maintenant, interrompit Mlle Pérépélitzina, puisque c'est vous la cause de tout le mal. Si vous aviez écouté votre mère, vous n'auriez pas à vous désoler à présent.

— Mais de quoi suis-je coupable, Anna Nilovna? Vous ne craignez donc pas Dieu? gémit mon oncle d'une voix suppliante qui voulait provoquer une explication.

— Si, je crains Dieu, Yégor Ilitch; tout cela ne provient que de votre égoïsme et du peu d'affection que vous avez pour votre mère, répondit avec dignité Mlle Pérépélitzina. Pourquoi n'avez-vous pas respecté sa volonté dès le début? Elle est votre mère! Quant à moi, je ne vous mentirai pas: je suis la fille d'un lieutenant- colonel, moi aussi, et non pas la première venue.

Il me parut bien que cette demoiselle ne s'était mêlée à la conversation que dans le but unique d'informer tout le monde et particulièrement certain nouvel arrivé, qu'elle était la fille d'un lieutenant-colonel et non la première venue.

— Il outrage sa mère! dit enfin la générale avec une grande sévérité.