— Un rendez-vous? Mais pour quoi faire? Ne pouvons-nous causer maintenant?
— Mais, je ne suis encore au courant de rien, Nastassia Evgrafovna. Avant tout, il faut que je parle à mon oncle. Il doit me raconter tout et, alors, je vous dirai peut-être quelque chose de grave…
— Non, non, pas du tout! s'écria Nastassia, finissons-en tout de suite pour n'y plus revenir. Il est inutile que vous alliez au pavillon: je vous jure que je n'y viendrai pas et je vous prie sérieusement de ne plus penser à toutes ces bêtises!
— Mais, alors, mon oncle a agi envers moi comme un fou! m'écriai- je dans un élan de dépit insupportable. Pourquoi m'avoir fait venir?… Mais, quel est ce bruit?
Nous étions tout près de la maison d'où nous parvenaient des hurlements et des cris atroces.
— Mon Dieu, fit-elle en pâlissant encore! Je le prévoyais bien.
— Vous le prévoyiez?… Encore une question, Nastassia Evgrafovna; une question que je n'ai pas le droit de vous poser, mais je m'y décide pour le bien général. Dites-moi (et votre réponse restera ensevelie dans mon coeur) dites-moi franchement si mon oncle vous aime ou non?
— Ah! laissez donc toutes ces bêtises une fois pour toutes! s'écria-t-elle, rouge de colère. Vous aussi? Mais, s'il m'eût aimée, il ne se serait pas employé à vous marier avec moi, et elle eut un amer sourire. Où avez-vous pris cela? Ne comprenez-vous pas de quoi il s'agit?… Vous entendez ces cris?
— Mais… c'est Foma Fomitch…
— Certes oui, c'est Foma Fomitch; mais, en ce moment, il s'agit de moi. Ils disent la même folie que vous, ils le croient aussi amoureux de moi… Comme je suis pauvre et sans force, comme il n'en coûte rien de me calomnier et qu'ils veulent le marier avec une autre, ils exigent qu'il me chasse, qu'il me renvoie dans ma famille. Mais lui, lorsqu'on lui parle de cela, il se met en colère et il serait prêt à mettre en pièces Foma Fomitch lui- même… Voilà pourquoi ils sont en train de crier.