— Aussitôt après le thé; que le diable les emporte! Demain, vous les verrez revenir. Allons, voyons, consentez-vous?

— Je ne sais trop que répondre. L'affaire est très délicate. Vous pouvez compter sur mon absolue discrétion; je ne suis pas Obnoskine; mais… je crois bien que vous n'avez rien à espérer de moi.

— Je vois, dit Mizintchikov en se levant, que vous n'avez pas assez souffert de Foma Fomitch ni de votre grand'mère et que, malgré votre affection pour votre bon oncle, vous n'avez encore pu apprécier les tortures qu'on lui fait endurer. Vous ne faites que d'arriver… Mais attendons! Restez seulement jusqu'à demain soir et vous consentirez. Autrement, votre oncle est perdu, comprenez- vous? On le mariera de force. N'oubliez pas qu'il pourrait faire sa demande dès demain et qu'alors, il serait trop tard; il vaudrait mieux vous décider aujourd'hui!

— Vraiment, je vous souhaite toute réussite, mais, pour ce qui est de vous aider… Je ne sais trop…

— Entendu. Mais attendons jusqu'à demain, conclut Mizintchikov avec un sourire moqueur. La nuit porte conseil. Au revoir. Je reviendrai vous voir demain de très bonne heure. Réfléchissez.

Et il s'en fut en sifflotant.

Je sortis presque sur ses talons pour prendre un peu l'air. La lune n'était pas encore levée; la nuit était noire et l'atmosphère suffocante; pas un mouvement dans le feuillage. Malgré mon extrême fatigue, je voulus marcher, me distraire, rassembler mes idées, mais je n'avais pas fait dix pas que j'entendais la voix de mon oncle. Il gravissait le perron du pavillon en compagnie de quelqu'un et causait avec animation. Son interlocuteur n'était autre que Vidopliassov.

XI UN GRAND ÉTONNEMENT

— Mon oncle! m'écriai-je. Enfin!

— Mon ami, j'avais aussi grande hâte de te voir. Laisse-moi en finir avec Vidopliassov et nous pourrons causer. J'ai beaucoup à te dire.