— J'ai la fièvre.
— On s'en aperçoit, couchez-vous. À propos, il y a des skoptzi ici dans le district, ce sont des gens curieux… Du reste, nous en reparlerons plus tard. Allons, qu'est-ce que je vous dirai encore? La fabrique des Chpigouline est intéressante; elle occupe, comme vous le savez, cinq cents personnes; il y a quinze ans qu'on ne l'a nettoyée, c'est un foyer d'épidémies. Les patrons sont millionnaires, et ils exploitent atrocement leurs ouvriers. Je vous assure que parmi ceux-ci plusieurs ont une idée de l'Internationale. Quoi? Vous souriez? Vous verrez vous-même, seulement donnez-moi un peu de temps, je ne vous en demande pas beaucoup pour vous montrer… pardon, je ne dirai plus rien, ne faites pas la moue. Allons, adieu. Tiens, mais j'oubliais le principal, ajouta Pierre Stépanovitch en revenant tout à coup sur ses pas, — on m'a dit tout à l'heure que notre malle était arrivée de Pétersbourg.
— Eh bien? fit Nicolas Vsévolodovitch qui le regarda sans comprendre.
— Je veux dire votre malle, vos effets. C'est vrai?
— Oui, on me l'a dit tantôt.
— Ah! alors ne pourrais-je pas tout de suite…
— Demandez à Alexis.
— Allons, ce sera pour demain. Avec vos affaires se trouvent là mon veston, mon frac, et les trois pantalons que Charmer m'a faits sur votre recommandation, vous vous rappelez?
— À ce que j'ai entendu dire, vous posez ici pour le gentleman, observa en souriant Nicolas Vsévolodovitch. — Est-ce vrai que vous voulez apprendre à monter à cheval?
Un sourire ou plutôt une grimace désagréable se montra sur les lèvres de Pierre Stépanovitch.