— Entrez et asseyez-vous, répondit Chatoff, — fermez la porte; non, laissez, je ferai cela moi-même.

Il ferma la porte à la clef, revint près de la table et s'assit en face de Nicolas Vsévolodovitch. Durant cette semaine il avait maigri, et en ce moment il semblait être dans un état fiévreux.

— Vous m'avez beaucoup tourmenté, dit-il à voix basse et sans lever les yeux, — je me demandais toujours pourquoi vous ne veniez pas.

— Vous étiez donc bien sûr que je viendrais?

— Oui, attendez, j'ai rêvé… je rêve peut-être encore maintenant… Attendez.

Il se leva à demi, et sur le plus haut des trois rayons qui lui servaient de bibliothèque, il prit quelque chose, c'était un revolver.

— Une nuit j'ai rêvé que vous viendriez me tuer, et le lendemain matin j'ai dépensé tout ce qui me restait d'argent pour acheter un revolver à ce coquin de Liamchine; je voulais vendre chèrement ma vie. Ensuite j'ai recouvré le bon sens… Je n'ai ni poudre, ni balles; depuis ce temps l'arme est toujours restée sur ce rayon. Attendez…

En parlant ainsi, il se disposait à ouvrir le vasistas; Nicolas
Vsévolodovitch l'en empêcha.

— Ne le jetez pas, à quoi bon? il coûte de l'argent, et demain les gens diront qu'on trouve des revolvers traînant sous la fenêtre de Chatoff. Remettez-le en place; là, c'est bien, asseyez- vous. Dites-moi, pourquoi me racontez-vous, comme un pénitent à confesse, que vous m'avez supposé l'intention de venir vous tuer? En ce moment même je ne viens pas me réconcilier avec vous, mais vous parler de choses urgentes. D'abord, j'ai une explication à vous demander, ce n'est pas à cause de ma liaison avec votre femme que vous m'avez frappé?

— Vous savez bien que ce n'est pas pour cela, répondit Chatoff, les yeux toujours baissés.