— Mais connaissez-vous votre chemin par ici? Il y a tant de ruelles qui s'entrecroisent… Je pourrais vous guider, car cette ville, on dirait vraiment que le diable la portait dans un panier et qu'il l'a éparpillée ensuite sur le sol.
— Attends, je vais te garrotter! dit Nicolas Vsévolodovitch en se retournant vers Fedka d'un air menaçant.
— Oh! monsieur, vous n'aurez pas le courage de faire du mal à un orphelin.
— Tu parais compter beaucoup sur toi!
— Ce n'est pas sur moi que je compte, monsieur, c'est sur vous.
— Je n'ai aucun besoin de toi, te dis-je!
— Mais moi, monsieur, j'ai besoin de vous, voilà! Vous me retrouverez quand vous repasserez, je vous attendrai.
— Je te donne ma parole d'honneur que, si je te rencontre, je te garrotterai.
— Eh bien! en ce cas, j'aurai soin de me munir d'une courroie. Bon voyage, monsieur; en somme, vous avez abrité l'orphelin sous votre parapluie, rien que pour cela je vous serai reconnaissant jusqu'au tombeau.
Il s'éloigna. Nicolas Vsévolodovitch poursuivit son chemin en s'abandonnant à ses réflexions. Cet homme tombé du ciel avait la conviction qu'il lui était nécessaire, et il s'était empressé de le lui déclarer sans y mettre aucunes formes. En général, on ne se gênait guère avec lui. Mais peut-être tout n'était-il pas mensonges dans les paroles du vagabond, peut-être en effet avait- il offert ses services de lui-même et à l'insu de Pierre Stépanovitch; en ce cas, la chose était encore plus étrange.