II

La maison où se rendait Nicolas Vsévolodovitch était située dans un coin perdu, tout à l'extrémité de la ville; complètement isolée, elle n'avait dans son voisinage que des jardins potagers. C'était une petite maisonnette en bois qui venait à peine d'être construite et n'avait pas encore son revêtement extérieur. À l'une des fenêtres on avait laissé exprès les volets ouverts, et sur l'appui de la croisée était placée une bougie évidemment destinée à guider le visiteur attendu à cette heure tardive. Nicolas Vsévolodovitch se trouvait encore à trente pas de la maison quand il aperçut, debout sur le perron, un homme de haute taille, sans doute le maître du logis, qui était sorti pour jeter un coup d'oeil sur le chemin.

— C'est vous? Vous! cria ce personnage avec un mélange d'impatience et de timidité.

Nicolas Vsévolodovitch ne répondit que quand il fut tout près du perron.

— C'est moi, fit-il tandis qu'il fermait son parapluie.

— Enfin! reprit en s'empressant autour du visiteur le maître de la maison qui n'était autre que le capitaine Lébiadkine; donnez- moi votre parapluie; il est tout mouillé, je vais l'étendre ici sur le parquet dans un coin; entrez, je vous prie, entrez.

La porte du vestibule, grande ouverte, donnait accès dans une chambre éclairée par deux bougies.

— J'avais votre parole, sans cela, j'aurais désespéré de votre visite.

Nicolas Vsévolodovitch regarda sa montre.

— Minuit trois quarts, dit-il en pénétrant dans la chambre.