— Peut-être que je ne le veux pas.
Verkhovensky perdit patience et se fâcha.
— En un mot, donnerez-vous l'argent ou ne le donnerez-vous pas? demanda-t-il en élevant la voix comme s'il eût parlé à un subordonné. Nicolas Vsévolodovitch le regarda sérieusement.
— Je ne le donnerai pas.
— Eh! Stavroguine! Vous savez quelque chose, ou vous avez déjà donné de l'argent! Vous… vous amusez!
Le visage de Pierre Stépanovitch s'altéra, les coins de sa bouche s'agitèrent, et tout à coup il partit d'un grand éclat de rire qui n'avait aucune raison d'être.
— Vous avez reçu de votre père de l'argent pour votre domaine, observa avec calme Nicolas Vsévolodovitch. — Maman vous a versé six ou huit mille roubles pour Stépan Trophimovitch. Eh bien, payez ces quinze cents roubles de votre poche. Je ne veux plus payer pour les autres, j'ai déjà assez déboursé comme cela, c'est ennuyeux à la fin… acheva-t-il en souriant lui-même de ses paroles.
— Ah! vous commencez à plaisanter…
Stavroguine se leva, Verkhovensky se dressa d'un bond et machinalement se plaça devant la porte comme s'il eût voulu en défendre l'approche. Nicolas Vsévolodovitch faisait déjà un geste pour l'écarter, quand soudain il s'arrêta.
— Je ne vous cèderai pas Chatoff, dit-il.