À la fin, un sourire lent, pensif, se montra sur les lèvres de Nicolas Vsévolodovitch. Il s'assit sans bruit, posa ses coudes sur ses genoux et mit son visage dans ses mains.

— C'est un mauvais rêve et un délire… Nous parlions de deux choses différentes.

— Je ne sais pas du tout de quoi vous parliez… Pouviez-vous ne pas savoir hier que je vous quitterais aujourd'hui? Le saviez- vous, oui ou non? Ne mentez pas, le saviez-vous, oui ou non?

— Je le savais… fit-il à voix basse.

— Eh bien, alors, de quoi vous plaignez-vous? vous le saviez et vous avez mis l'»instant» à profit. Quelle déception y a-t-il ici pour vous?

— Dis-moi toute la vérité, cria Stavroguine avec l'accent d'une profonde souffrance: — hier, quand tu as ouvert ma porte, savais- tu toi-même que tu n'entrais chez moi que pour une heure?

Elle fixa sur lui un regard haineux.

— C'est vrai que l'homme le plus sérieux peut poser les questions les plus étonnantes. Et pourquoi tant vous inquiéter de cela? Vous sentiriez-vous atteint dans votre amour-propre parce qu'une femme vous a quitté la première, au lieu d'attendre que vous lui donniez son congé? Vous savez, Nicolas Vsévolodovitch, je me suis convaincue, entre autres choses, de votre extrême magnanimité à mon égard, et, tenez, je ne puis pas souffrir cela chez vous.

Il se leva et fit quelques pas dans la chambre.

— C'est bien, j'admets que cela doive finir ainsi, soit… Mais comment tout cela a-t-il pu arriver?