Et il sortit de la salle.
— Après tout, cela vaut peut-être encore mieux, murmura à part soi Pierre Stépanovitch en remettant son revolver dans sa poche.
III
Il n'eut pas de peine à rattraper Élisabeth Nikolaïevna, qui n'était encore qu'à quelques mètres de la maison. Alexis Égorovitch, en frac et sans chapeau, la suivait à un pas de distance. Il avait pris une attitude respectueuse et suppliait instamment la jeune fille d'attendre la voiture; le vieillard était fort ému, il pleurait presque.
— Va-t-en, ton maître demande du thé, il n'y a personne pour le servir, dit Pierre Stépanovitch au domestique, et, après l'avoir ainsi renvoyé, il prit sans façon le bras d'Élisabeth Nikolaïevna.
Celle-ci le laissa faire, mais elle ne semblait pas en possession de toute sa raison, la présence d'esprit ne lui était pas encore revenue.
— D'abord, vous ne devez pas aller de ce côté, commença Pierre Stépanovitch, — c'est par ici qu'il faut prendre, au lieu de passer devant le jardin. Secondement, il est impossible, en tout cas, que vous fassiez la route à pied, il y a trois verstes d'ici chez vous, et vous êtes à peine vêtue. Si vous attendiez une minute? Mon cheval est à l'écurie, je vais le faire atteler tout de suite, vous monterez dans mon drojki, et je vous ramènerai chez vous sans que personne vous voie.
— Que vous êtes bon… dit avec sentiment Lisa.
— Laissez donc; à ma place tout homme humain en ferait autant…
Lisa regarda son interlocuteur, et ses traits prirent une expression d'étonnement.