— Ah! parfait! cria Lisa.
— Parfait, dit-elle, et elle pleure. Il faut ici de la virilité. Il faut ne le céder en rien à un homme. Dans notre siècle, quand une femme… fi, diable (Pierre Stépanovitch avait peine à se débarrasser de sa pituite)! Mais surtout il ne faut rien regretter: l'affaire peut encore s'arranger admirablement. Maurice Nikolaïévitch est un homme… en un mot, c'est un homme sensible, quoique peu communicatif, ce qui, du reste, est bon aussi, bien entendu à condition qu'il soit sans préjugés…
— À merveille, à merveille! répéta la jeune fille avec un rire nerveux.
— Allons, diable… Élisabeth Nikolaïevna, reprit Pierre Stépanovitch d'un ton piqué, — moi, ce que je vous en dis, c'est uniquement dans votre intérêt… Qu'est-ce que cela peut me faire, à moi?… Je vous ai rendu service hier, j'ai déféré à votre désir, et aujourd'hui… Eh bien, tenez, d'ici l'on aperçoit Maurice Nikolaïévitch, le voilà, là-bas, il ne vous voit pas. Vous savez, Élisabeth Nikolaïevna, avez-vous lu Pauline Sax?
— Qu'est-ce que c'est?
— C'est une nouvelle; je l'ai lue quand j'étais étudiant… Le héros est un certain Sax, un riche employé qui surprend sa femme en flagrant délit d'adultère à la campagne… Allons, diable, il faut cracher là-dessus. Vous verrez qu'avant de vous avoir ramenée chez vous, Maurice Nikolaïévitch vous aura déjà adressé une demande en mariage. Il ne vous voit pas encore.
— Ah! qu'il ne me voie point! cria tout à coup Lisa comme affolée; — allons-nous-en, allons-nous-en! Dans le bois, dans la plaine!
Et elle rebroussa chemin en courant.
— Pierre Stépanovitch s'élança à sa poursuite.
— Élisabeth Nikolaïevna, quelle pusillanimité! Et pourquoi ne voulez-vous pas qu'il vous voie? Au contraire, regardez-le en face, carrément, fièrement… Si vous êtes honteuse parce que vous avez perdu votre… virginité… c'est un préjugé si arriéré… Mais où allez-vous donc, où allez-vous donc? Eh! comme elle trotte! Retournons plutôt chez Stavroguine, nous monterons dans mon drojki… Mais où allez-vous donc? Par là ce sont les champs, allons, la voilà qui tombe!…