— Oui, répondit celle-ci en train d'emmailloter le baby.

Pendant un instant elle le donna à tenir à Chatoff, tandis qu'elle se disposait à le mettre sur le lit, entre deux oreillers. La malade fit à son mari un petit signe à la dérobée, comme si elle eût craint d'être vue par Arina Prokhorovna. Il comprit tout de suite et vint lui montrer l'enfant.

La mère sourit.

— Qu'il est… joli… murmura-t-elle faiblement.

Madame Virguinsky était triomphante.

— Oh! comme il le regarde! fit-elle avec un rire gai en considérant le visage de Chatoff; — voyez donc cette tête!

— Égayez-vous, Arina Prokhorovna… C'est une grande joie… balbutia-t-il d'un air de béatitude idiote; il était radieux depuis les quelques mots prononcés par Marie au sujet de l'enfant.

— Quelle si grande joie y a-t-il là pour vous? répliqua en riant Arina Prokhorovna, qui n'épargnait pas sa peine et travaillait comme une esclave.

— Le secret de l'apparition d'un nouvel être, un grand, un inexplicable mystère, Arina Prokhorovna, et quel dommage que vous ne compreniez pas cela!

Dans son exaltation Chatoff bégayait des paroles confuses qui semblaient jaillir de son âme en dépit de lui-même; on aurait dit que quelque chose était détraqué dans son cerveau.