— Tais-toi! Tu l'as assassiné, parce qu'à Genève il t'a craché au visage!

— Et pour cela, et pour autre chose encore. Pour bien autre chose; du reste, sans aucune animosité. Pourquoi donc sauter en l'air? Pourquoi ces grimaces? O-oh! Ainsi, voilà comme nous sommes!…

Il se leva brusquement et se couvrit avec son revolver. Le fait est que Kiriloff avait tout à coup saisi le sien chargé depuis le matin et posé sur l'appui de la fenêtre. Pierre Stépanovitch se mit en position et braqua son arme sur Kiriloff. Celui-ci eut un sourire haineux.

— Avoue, lâche, que tu as pris ton revolver parce que tu croyais que j'allais te brûler la cervelle… Mais je ne te tuerai pas… quoique… quoique…

Et de nouveau il fit mine de coucher en joue Pierre Stépanovitch; se figurer qu'il allait tirer sur son ennemi était un plaisir auquel il semblait n'avoir pas la force de renoncer. Toujours en position, Pierre Stépanovitch attendit jusqu'au dernier moment, sans presser la détente de son revolver, malgré le risque qu'il courait de recevoir lui-même auparavant une balle dans le front: de la part d'un «maniaque» on pouvait tout craindre. Mais à la fin le «maniaque» haletant, tremblant, hors d'état de proférer une parole, laissa retomber son bras.

À son tour, Pierre Stépanovitch abaissa son arme.

— Vous vous êtes un peu amusé, en voilà assez, dit-il. — Je savais bien que c'était un jeu; seulement, il n'était pas sans danger pour vous: j'aurais pu presser la détente.

Là-dessus, il se rassit assez tranquillement et, d'une main un peu tremblante, il est vrai, se versa du thé. Kiriloff, après avoir déposé son revolver sur la table, commença à se promener de long en large.

— Je n'écrirai pas que j'ai tué Chatoff, et… à présent je n'écrirai rien. Il n'y aura pas de papier!

— Il n'y en aura pas?