— Non, ce n'est pas que je sois un marchand, je… je… _moi, c'est autre chose, _fit entre ses dents Stépan Trophimovitch qui, à tout hasard, laissa passer le chariot devant lui et se mit à marcher derrière côte à côte avec la vache.

Les mots étrangers que le paysan venaient d'entendre furent pour lui un trait de lumière.

— Vous êtes sans doute un seigneur, reprit-il, et il activa la marche de sa rosse.

— Vous êtes en promenade? questionna de nouveau la femme.

— C'est… c'est moi que vous interrogez?

— Le chemin de fer amène chez nous des voyageurs étrangers; à en juger d'après vos bottes, vous ne devez pas être de ce pays-ci…

— Ce sont des bottes de militaire, déclara sans hésiter le moujik.

— Non, ce n'est pas que je sois militaire, je…

«Quelle curieuse commère! maugréait à part soi Stépan Trophimovitch, et comme ils me regardent… mais enfin… En un mot, c'est étrange, on dirait que j'ai des comptes à leur rendre, et pourtant il n'en est rien.»

La femme s'entretenait tout bas avec le paysan.