— Si vous allez à Spassoff, il faut prendre le bateau à vapeur, dit le moujik.

— Certainement, ajouta avec animation la paysanne: — en prenant une voiture et en suivant la rive, vous allongeriez votre route de trente verstes.

— De quarante.

— Demain, à deux heures, vous trouverez le bateau à Oustiévo, reprit la femme.

Mais Stépan Trophimovitch s'obstina à ne pas répondre, et ses compagnons finirent par le laisser tranquille. Le moujik était occupé avec son cheval de nouveau engagé dans une ornière; de loin en loin les deux époux échangeaient de courtes observations. Le voyageur commençait à sommeiller. Il fut fort étonné quand la paysanne le poussa en riant et qu'il se vit dans un assez gros village; le chariot était arrêté devant une izba à trois fenêtres.

— Vous dormiez, monsieur?

— Qu'est-ce que c'est? Où suis-je? Ah! Allons! Allons… cela m'est égal, soupira Stépan Trophimovitch, et il mit pied à terre.

Il regarda tristement autour de lui, se sentant tout désorienté dans ce milieu nouveau.

— Mais je vous dois cinquante kopeks, je n'y pensais plus! dit-il au paysan vers lequel il s'avança avec un empressement extraordinaire; évidemment, il n'osait plus se séparer de ses compagnons de route.

— Vous règlerez dans la chambre, entrez, répondit le moujik.