—Oh! pourquoi me dis-tu cela?

—Quelles belles fleurs il y a dans votre pays, n'est-ce pas? c'est un vrai paradis?

—Tais-toi! tais-toi! je t'en prie. Il était vivement ému.

—Écoute, Aléi, tu avais une soeur?

—Oui, pourquoi me demandes-tu cela?

—Elle doit être bien belle, si elle te ressemble.

—Oh! il n'y a pas de comparaison à faire entre nous deux. Dans tout le Daghestan, on ne trouvera pas une seule fille aussi belle. Quelle beauté que ma soeur! Je suis sûr que tu n'en as jamais vu de pareille. Et puis, ma mère était aussi très-belle.

—Et ta mère t'aimait?

—Que dis-tu? Assurément, elle est morte de chagrin; elle m'aimait tant! J'étais son préféré; oui, elle m'aimait plus que ma soeur, plus que tous les autres. Cette nuit, en songe, elle est venue vers moi; elle a versé des larmes sur ma tête.

Il se tut, et de toute la soirée il n'ouvrit pas la bouche; mais à partir de ce moment il rechercha ma compagnie et ma conversation, bien que, par respect, il ne se permit jamais de m'adresser le premier la parole. En revanche, il était heureux quand je m'entretenais avec lui. Il parlait souvent du Caucase, de sa vie passée. Ses frères ne lui défendaient pas de causer avec moi, je crois même que cela leur était agréable. Quand ils virent que je me prenais d'affection pour Aléi, ils devinrent eux-mêmes beaucoup plus affables pour moi.