—Hein, trois kopeks d'intérêt… par an?

—Non! pas par an… par mois.

—Tu es diablement chiche! Comme t'appelle-t-on?

—Isaï Fomitz[17].

—Eh bien! Isaï Fomitch, tu iras loin! Adieu.

Le Juif examina encore une fois les guenilles sur lesquelles il venait de prêter sept kopeks, les plia et les fourra soigneusement dans son sac. Les forçats continuaient à se pâmer de rire.

En réalité, tout le monde l'aimait, et bien que presque chaque détenu fût son débiteur, personne ne l'offensait. Il n'avait, du reste, pas plus de fiel qu'une poule; quand il vit que tout le monde était bien disposé à son égard, il se donna de grands airs, mais si comiques qu'on les lui pardonna aussitôt.

Louka, qui avait connu beaucoup de Juifs quand il était en liberté, le taquinait souvent, moins par méchanceté que par amusement, comme on joue avec un chien, un perroquet ou des bêtes savantes. Isaï Fomitch ne l'ignorait pas, aussi ne s'offensait-il nullement, et donnait-il prestement la réplique.

—Tu vas voir, Juif! je te rouerai de coups.

—Si tu me donnes un coup, je t'en rendrai dix, répondait crânement Isaï Fomitch.