—Vous? une amoureuse?

—Onuphrief disait, il n'y a pas longtemps: La mienne est grêlée, laide tant que tu voudras, mais elle a beaucoup de robes; tandis que la tienne est jolie, mais c'est une mendiante, elle porte la besace.

—Est-ce vrai?

—Parbleu! elle est mendiante! dit-il. Il pouffait de rire sans bruit, tout le monde rit aussi. Chacun savait, en effet, qu'il était lié avec une mendiante à laquelle il donnait en tout dix kopeks chaque six mois.

—Eh bien! que me voulez-vous? lui demandai-je, car je désirais m'en débarrasser.

Il se tut, me regarda en faisant la bouche en coeur, et me dit tendrement:

—Ne m'octroierez-vous pas pour cette cause de quoi boire un demi-litre? Je n'ai bu que du thé aujourd'hui de toute la journée, ajouta-t-il d'un ton gracieux, en prenant l'argent que je lui donnai, et voyez-vous, ce thé me tracasse tellement que j'en deviendrai asthmatique; j'ai le ventre qui me grouille… comme une bouteille d'eau!

Comme il prenait l'argent que je lui tendis, le désespoir moral de Boulkine ne connut plus de limites; il gesticulait comme un possédé.

—Braves gens! cria-t-il à toute la caserne ahurie, le voyez-vous? Il ment! Tout ce qu'il dit, tout, tout est mensonge.

—Qu'est-ce que ça peut te faire? lui crièrent les forçats qui s'étonnaient de son emportement, tu es absurde!