—Hé! la petite vache!… marmotta-t-il, voyez-vous comme le pain blanc de la prison l'a engraissée.

—Pour qui te prends-tu? pour un bel oiseau?

—Parbleu! comme tu le dis.

—Dis-nous donc quel bel oiseau tu es.

—Tu le vois.

—Comment? je le vois!

—Un oiseau, qu'on te dit!

—Mais lequel?

Ils se dévoraient des yeux. Le petit attendait une réponse et serrait les poings, en apparence prêt à se battre. Je pensais qu'une rixe s'ensuivrait. Tout cela était nouveau pour moi, aussi regardai-je cette scène avec curiosité. J'appris plus tard que de semblables querelles étaient fort innocentes et qu'elles servaient à l'ébaudissement des autres forçats, comme une comédie amusante: on n'en venait presque jamais aux mains. Cela caractérisait clairement les moeurs de la prison.

Le détenu de haute taille restait tranquille et majestueux. Il sentait qu'on attendait sa réponse; sous peine de se déshonorer, de se couvrir de ridicule, il devait soutenir ce qu'il avait dit, montrer qu'il était un oiseau merveilleux, un personnage. Aussi jeta-t-il un regard de travers sur son adversaire avec un mépris inexprimable, s'efforçant de l'irriter en le regardant par-dessus l'épaule, de haut en bas, comme il aurait fait pour un insecte, et lentement, distinctement, il répondit: