—Quoi! s'écria le petit Julien, c'est Vauban qui a fortifié Phalsbourg, où je suis né, et Besançon, dont j'ai si bien regardé les murailles! Voilà un grand homme dont je n'oublierai pas le nom à présent. Puis il reprit sa lecture.

Au milieu de tous ses travaux, Vauban était sans cesse préoccupé de la prospérité de son pays et des moyens de soulager la misère du peuple. Dans la guerre, il donnait toujours au roi les conseils les plus humains, et il s'efforçait d'épargner le sang des soldats. Pendant les nombreux sièges qu'il conduisit, on le voyait s'exposer lui-même au danger: il s'avançait jusque sous les murs ennemis pour bien connaître les abords de la place, et cherchait les endroits par où on pourrait l'attaquer sans sacrifier beaucoup d'hommes; quand on s'efforçait de le retenir: «Ne vaut-il pas mieux, répondait-il, qu'un seul s'expose pour épargner le sang de tous les autres?»

Dans la paix, il pensait encore au peuple de France, si malheureux alors au milieu des guerres et de la famine qui se succédaient; il chercha un moyen de diminuer les impôts dont le peuple était accablé, et il écrivit à ce sujet un bel ouvrage qu'il adressa au roi. Mais le roi Louis XIV se crut à tort offensé par les justes plaintes de Vauban. Il fit condamner et détruire son livre. Vauban, frappé au cœur, en mourut de douleur peu de temps après.

Mais on devait lui rendre justice de nos jours et même de son temps: c'est pour lui qu'on a inventé et employé pour la première fois le beau mot de patriote, qui sert maintenant à désigner les hommes attachés à leur patrie et toujours prêts à se dévouer pour elle. Vauban fut surnommé «le patriote.»

—J'aime tout à fait ce grand homme-là! dit Julien, et il fait bien honneur à la Bourgogne.

—Oui certes, dit André, car il a travaillé pour le bien de son pays.

Monge, né à Beaune en 1741, mort en 1818. Il y a à Paris une école qui porte son nom.

—Mais tu n'as pas fini ta lecture, petit Julien, dit M. Gertal; il y a eu aussi en Bourgogne d'autres grands hommes qui ont bien aimé leur patrie.

Julien reprit son livre avec une nouvelle curiosité.