Il y avait des abricots, des cerises, des prunes. Julien fut d'avis que la Limagne était un pays superbe, puisqu'il donne des fruits si parfaits, et que les habitants étaient fort industrieux de savoir si bien les conserver.

Dentellière d'Auvergne.—La dentelle se fait sur un métier portatif, sorte de coussin, au milieu duquel se trouve une petite roue percée de trous qui correspondent au dessin de la dentelle. Les dentellières ont souvent le tort de tenir leur métier sur leur genoux, au lieu de le placer sur une table; elles peuvent ainsi devenir contrefaites et même, à la longue, elles s'exposent aux paralysies, à cause de la position immobile qu'elles gardent pour ne pas ébranler leur métier.

M. Gertal reprit alors:—Pour votre vente à vous, enfants, je vous achèterai des dentelles du pays: à Lyon, vous les vendrez à merveille.

—Des dentelles! s'écria Julien; mais, monsieur Gertal, est-ce que nous saurons vendre cela?...Comment voulez-vous?...—Et l'enfant regardait le patron d'un air penaud.

—Bah! pourquoi non, petit Julien? Je te montrerai. Il est bon de s'habituer à travailler en tout genre quand on a sa vie à gagner. Un paquet de dentelles sera moins lourd à porter chez les acheteurs que deux poulardes.

—Pour ça, c'est vrai, reprit gaîment le petit garçon; les poulardes étaient pesantes, monsieur Gertal: vous les aviez joliment choisies. Mais, dites-moi, en Auvergne, les femmes font donc de la dentelle et des broderies, comme dans mon pays de Lorraine?

—Elles font des dentelles à très bas prix et solides. Il y a soixante-dix mille ouvrières qui travaillent à cela dans l'Auvergne et dans le département voisin, la Haute-Loire, chef-lieu le Puy. Comme la vie est à bon marché dans tous ces pays, et que les populations sont sobres, économes et consciencieuses, elles fabriquent à bon compte d'excellente marchandise, et le marchand qui la revend n'a point de reproches à craindre.

—C'est un métier bien amusant d'être marchand, dit le petit Julien; on voyage comme si on avait des rentes, et on gagne l'argent aisément.

—Petit Julien, répondit M. Gertal, je m'aperçois que tu parles souvent à présent sans réflexion. En ce moment-ci, il se trouve que la vente est bonne et qu'on gagne sa vie, c'est agréable; mais tu oublies qu'il y a des mois et quelquefois des années où on ne vend pas de quoi vivre, et petit à petit on mange tout ce qu'on avait amassé. Et puis, tu crois donc que moi, qui ai vu cent fois ces pays nouveaux pour toi, je n'aimerais pas mieux, à cette heure, être au coin de mon feu, assis auprès de ma femme avec mon fils sur les genoux, au lieu d'errer sur toutes les grandes routes en songeant à ma petite famille et en m'inquiétant de tout ce qui peut lui arriver pendant mon absence?