—Oh! c'est vrai, monsieur Gertal; voilà que je deviens étourdi tout de même! Je parle comme cela, du premier coup, sans réfléchir; ce n'est pas beau, et je vais tâcher de me corriger. Je comprends bien, allez, que, pour celui qui a une famille, rien ne vaut sa maison, son pays.

LV.—La ville de Thiers et les couteliers.—Limoges et la porcelaine.—Un grand médecin né dans le Limousin, Dupuytren.

Ce qu'il y a de plus heureux dans la richesse, c'est qu'elle permet de soulager la misère d'autrui.

Ce fut à la petite pointe du jour qu'on quitta Clermont; aussi on arriva de bonne heure à Thiers. Cette ville toute noire, aux rues escarpées, aux maisons entassées sur le penchant d'une montagne, est très industrieuse et s'accroît tous les jours. Elle occupe vingt mille ouvriers, et c'est aujourd'hui la plus importante ville de France pour la coutellerie.

Atelier de coutellerie a Thiers.—La coutellerie fabrique tous les couteaux, grands et petits, dont nous nous servons, ainsi que les canifs, grattoirs, etc. Les ouvriers représentés préparent les lames. D'autres, pendant ce temps, ont préparé les manches des couteaux, et il n'y aura plus qu'à les emmancher. Le grand soufflet qui sert à exciter le feu de la forge est mis en mouvement par un chien qui tourne dans une sorte de cage ronde comme font les écureuils.

Pendant que Pierrot dînait, nos amis dînèrent eux-mêmes, puis on se diligenta pour faire les affaires rapidement, car le patron ne voulait pas coucher à Thiers.

M. Gertal emmena les enfants avec lui, et ils achetèrent un paquet d'excellente coutellerie à bon marché, pour une valeur de 35 fr.; la veille, on avait déjà employé à Clermont les 35 autres francs en achats de dentelles.

Ouvriers fabriquant de la porcelaine.—La porcelaine se fabrique avec une terre très fine, le kaolin, qu'on réduit en pâte. Ensuite on divise cette pâte en feuilles blanches comme des feuilles de papier. L'ouvrier de droite tient une de ces feuilles entre ses mains et va l'appliquer sur le moule pour en faire un saladier. En même temps il faut tourner le moule. L'ouvrier de gauche est plus avancé en besogne. Sa feuille a déjà la forme du moule et il achève de l'appliquer avec une éponge. Il n'y a plus ensuite qu'à faire cuire au four les objets fabriqués.