En arrivant au bourg voisin de l'accident, les deux enfants furent installés chez une excellente femme du lieu.
Le petit Julien souffrait de plus en plus. Il portait sans cesse la main à son front: la tête, disait-il, lui faisait bien plus de mal que tout le reste.
On le coucha pour le reposer, mais il ne put dormir. La fièvre l'avait pris, une de ces fièvres brûlantes qui sont le principal danger des chutes.
André alarmé courut chercher le médecin. Par malheur, ce dernier était absent et ne devait rentrer que dans la soirée. André l'attendit avec anxiété, assis auprès du lit de son frère, dont il aurait tant voulu apaiser la souffrance. Les yeux fixés avec tendresse sur le visage accablé de Julien, il se sentait pris d'une tristesse indicible; il eut voulu souffrir mille fois à la place de l'enfant; il demandait à Dieu de lui donner à lui toutes les peines et de guérir son cher Julien.
Le petit garçon avait fini par ne plus se plaindre: il semblait plongé dans un rêve plein d'angoisse; il avait le délire et murmurait tout bas des mots sans suite.
—Que demandes-tu, mon Julien? dit André en se penchant vers l'enfant.
Julien le regarda tristement comme s'il ne reconnaissait plus son frère, et d'une voix lente, accablée:
—Je voudrais retourner à ma maison, dit-il.
—Pauvre petit! pensa André, le chagrin qu'il avait hier ne l'a pas quitté. Ce long voyage semble maintenant au-dessus de ses forces. O mon Dieu, comment donc faire pour lui redonner du courage?
—Mon Julien, répondit André doucement, nous aurons bientôt une maison à nous, chez notre oncle à Marseille.