—A Marseille!... fit l'enfant avec l'air effrayé que donne le délire. C'est trop loin, Marseille... Puis il laissa tomber sa petite tête avec accablement en répétant plus fort:—C'est trop loin, c'est trop loin.

—Qu'est-ce qui est trop loin, mon ami? dit la voix tranquille du médecin qui venait d'entrer.

Julien releva la tête, mais il ne semblait plus voir personne. Puis, d'un air triste, lentement et traînant sur les mots:—Tout le monde a sa maison, reprit-il; moi aussi, j'avais une maison, et je n'en ai plus. Oh! que je voudrais bien y retourner!

—Où souffres-tu, mon enfant? dit le médecin en prenant la main de Julien dans la sienne.

Julien ne répondit pas, mais il se mit à pleurer et à se plaindre par mots entrecoupés.

André alors expliqua leur accident de voiture, puis l'entorse au pied et au poignet.

—L'entorse ne sera pas grave, dit le médecin après examen; mais cet enfant a une forte fièvre et un délire qui m'inquiète. Qu'est-ce que cette maison qu'il demande?

André expliqua la mort de leur père, leur départ d'Alsace-Lorraine, leur long voyage; comment Julien avait été courageux tout le temps et même gai; mais qu'à chaque nouvelle séparation, et surtout à la dernière, il avait eu grand'peine à se consoler.

«Pauvres orphelins, pauvres enfants de l'Alsace-Lorraine!» pensait le médecin en écoutant André; «si jeunes, et obligés à déployer une énergie plus grande que celle de bien des hommes!»

André se tut, attendant l'avis du médecin: il était tout pâle d'anxiété sur l'état de son frère, et deux grosses larmes brillaient dans ses yeux.