Un jour, dit-on, il était dans la montagne, sur le col de Naurouze qui sépare le versant de l'Océan et le versant de la Méditerranée. Là, regardant les plaines qui s'étendaient à sa droite et à sa gauche, il pensait encore à ses projets. Tout d'un coup un ruisseau qui coulait à ses pieds vers l'Océan, rencontrant un obstacle, se trouva refoulé en arrière et se mit à descendre du côté opposé, vers la Méditerranée. Cette vue frappa l'esprit de Riquet comme un trait de lumière.—Oh! se dit-il, c'est ici la ligne de partage des eaux; si je pouvais amener assez d'eau à cet endroit où je suis, je pourrais ainsi alimenter à la fois les deux côtés d'un canal allant par ici à l'Océan, et par là à la Méditerranée.

Ingénieurs des ponts-et-chaussées levant un plan.—L'ingénieur placé à droite mesure l'élévation du terrain à l'aide d'un instrument appelé niveau d'eau. Pour cela, il regarde à travers cet instrument la mire que tient l'homme placé dans le fond. Celui qui est penché vers la terre mesure la superficie du terrain à l'aide d'une longue chaîne dite chaîne d'arpenteur.

Alors Riquet se mit à l'œuvre. Il explora les montagnes de tous côtés, découvrit des sources qui coulaient sous les rochers, fit des plans de toute sorte et enfin trouva la quantité d'eau nécessaire pour alimenter le canal qu'il projetait.

Il alla proposer ses plans au grand homme qui était alors ministre, Colbert, dont on vous parlera plus tard. Colbert comprit l'importance de l'idée de Riquet. Avec son aide, Riquet commença cette entreprise qui, pour l'époque, était gigantesque. Mais que d'obstacles il eut à surmonter! Il n'avait pas les titres d'ingénieur et il était l'objet de la jalousie des ingénieurs en titre. Sans cesse il rencontrait leur opposition; il fut même forcé de faire percer secrètement une montagne que ces derniers avaient déclarée impossible à percer.

Réservoir d'eau pour le canal du Midi.—Pour retenir l'eau et la distribuer avec mesure, on a imaginé depuis longtemps de construire de grands réservoirs. Dans le canal du Midi, on a fermé des vallées par de larges murailles; l'eau se trouve ainsi emprisonnée entre la montagne et le mur; en s'écoulant par une cascade ou par de grands robinets, elle alimente le canal été comme hiver.

Il fit aussi construire de vastes réservoirs où vient s'accumuler l'eau de la montagne: pour cela, il barra avec un mur énorme un vallon où vont de toutes parts se rendre les eaux. De ces réservoirs l'eau jaillit avec un bruit de tonnerre. Elle arrive ensuite au col de Naurouze, et de là, elle redescend doucement vers les deux mers, retenue tout le long de son chemin par des écluses qu'on ouvre et qu'on referme pour laisser passer les bateaux.

Riquet, fatigué par son immense travail et par toutes les contrariétés qu'il avait subies, mourut six mois avant l'achèvement de son entreprise; mais elle fut continuée et menée à bonne fin par ses deux fils. Plus tard, la France a su rendre justice à Paul Riquet, et on a chargé le célèbre sculpteur David d'Angers de lui élever une statue dans sa ville natale.

Julien avait lu avec attention la vie de Riquet.