—Oh! je le connaissais déjà, ce saint-là, dit Julien, et je l'aime depuis longtemps. Je sais qu'il obtint des richesses et dépensa en un hiver trois millions pour nourrir la Lorraine qui mourait de faim. Mais j'avais oublié où il était né, et je suis bien aise de le savoir.
En même temps, Julien regarda dans son livre une image qui représentait un pâtre des Landes suivant les troupeaux sur des échasses; car il y a de nombreux marécages dans les Landes, et on se sert d'échasses pour ne pas enfoncer dans la vase. Cette image amusa beaucoup Julien.
—Peut-être bien, se disait-il, que saint Vincent de Paul, quand il était petit, gardait comme cela ses troupeaux monté sur des échasses. Je suis sûr à présent de ne plus oublier où est né le bon saint Vincent de Paul.
LXXXVIII.—Lettre de Jean-Joseph. Réponse de Julien.—L'Océan, les vagues, les marées, les tempêtes.
Par les lettres, nous pouvons converser les uns avec les autres malgré la distance qui nous sépare.
La veille du jour où le navire devait partir, André reçut une lettre à laquelle il ne s'attendait guère. Il regarda avec surprise tous les timbres dont la poste l'avait recouverte: Clermont à Marseille, Marseille à Cette, Cette à Bordeaux. Elle était allée à la recherche des enfants dans les principales villes où ils avaient passé.
—Que de peine la poste a dû se donner, dit Julien, pour que ce petit carré de papier nous arrive! je n'aurais jamais cru que la poste prît tant de soin!
André ouvrit la lettre. Elle avait été écrite par le brave petit Jean-Joseph. Ayant reçu quelques sous pour la fête de Noël, il les avait employés à acheter un timbre-poste et du papier; puis, de sa plus belle écriture, il avait écrit à André et à Julien pour leur souhaiter la bonne année, pour leur dire qu'il ne les oubliait pas, qu'il ne les oublierait jamais, que toujours il se rappellerait qu'il leur devait la vie.
André et Julien furent bien émus en lisant la petite lettre de Jean-Joseph; cette preuve de la reconnaissance du pauvre enfant d'Auvergne les avait touchés jusqu'aux larmes.
—Julien, dit André, toi qui as le temps, il faudra, quand nous serons à bord du navire, répondre une longue lettre à Jean-Joseph: cela lui fera plaisir.