—Oui, je lui raconterai notre voyage, cela l'amusera beaucoup, et j'écrirai bien fin, pour pouvoir en dire bien long. Oh! que c'est donc agréable de savoir écrire, André! Quand on est bien loin de ses amis, quel plaisir cela fait de recevoir des nouvelles d'eux et de pouvoir leur en donner!

Réponse de Julien à Jean-Joseph.

Lundi matin.

Mon cher Jean-Joseph,

André et moi nous avons été bien contents, oh! bien contents, quand nous avons reçu votre lettre, et nous vous souhaitons nous aussi la bonne année, mon cher Jean-Joseph, et qu'il ne vous arrive que du bonheur.

Mais savez-vous où nous l'avons lue, votre petite lettre du jour de l'an? C'est à Bordeaux. Et savez-vous où je vous écris celle-ci, moi? Non, jamais, jamais vous ne devineriez cela, Jean-Joseph. Alors je vais vous le dire. C'est au beau milieu de l'Océan, sur le pont du navire le Poitou, qui est un grand vaisseau à voile. On l'appelle le Poitou parce que le capitaine auquel il appartient est de Poitiers.

Mais vous n'avez jamais vu la mer, Jean-Joseph, ni les navires non plus. Alors, il faut que je vous explique cela. Imaginez-vous que l'Océan me paraît grand comme le ciel. Partout autour de moi, devant, derrière, je ne vois que de l'eau. Le ciel a l'air de toucher à la mer de tous les côtés, et notre navire avance au milieu comme une petite hirondelle, bien petite, qui paraît un point dans l'air.

Pourtant il est très grand tout de même le Poitou, et on est bien installé dessus. On est même bien mieux que dans un autre bateau où j'ai navigué déjà sur la Méditerranée.

La Méditerranée est aussi une grande mer, mais elle est bien loin de ressembler à l'Océan. Elle n'a point de marées, point de flux et de reflux, comme disent les matelots, tandis que l'Océan a des marées très hautes. J'étais bien en peine de ce que cela signifiait, la marée; mais j'en ai vu une au port de la Rochelle, où notre navire s'est arrêté un jour, et je vais vous dire ce que c'est.