—C'est une muraille construite par les hommes, qui s'avance en mer et derrière laquelle les navires sont à l'abri de la tempête; la digue de Cherbourg a presque une lieue; elle s'avance au milieu d'une des mers les plus agitées et les plus dangereuses qu'il y ait sur la côte de France; mais elle est si bien construite en gros blocs de granit que les plus grandes tempêtes ne l'endommagent pas, que les navires qui sont derrière jouissent d'un calme parfait au moment même où les vagues déferlent au large comme des montagnes qui s'entre-choquent.
Un établissement de bains de mer en Normandie.—Tous les ans, l'été, des milliers de personnes vont prendre des bains de mer dans les villes ou villages du littoral car l'eau salée de la mer est fortifiante, surtout quand on n'y reste pas plus de cinq minutes. La ville de Paris envoie chaque année aux bains de mer, pour les récompenser, les meilleurs élèves de ses écoles.
—J'aimerais bien à voir Cherbourg, père Guillaume; est-ce qu'on s'y arrêtera?
Pêche des huîtres.—Les huîtres sont une des richesses de nos côtes. Pour les pêcher, on se sert d'un instrument appelé drague, sorte de poche en filet qu'on laisse couler et qu'on promène au fond de la mer. Elle arrache tout ce qu'elle rencontre: huîtres, pierres, herbes, et on fait ensuite le triage.
—Non, mon ami, nous passons tout droit, mais de loin je te le montrerai. Et puis la Normandie a bien d'autres ports et nous en verrons quelques-uns. Il y a d'abord le Havre, qui est après Marseille le port le plus commerçant de toute la France: plus de six mille vaisseaux y entrent chaque année et y apportent les produits de toutes les parties du monde, surtout le coton récolté en Amérique par les nègres. Puis nous avons Dieppe, connu pour ses bâtiments de pêche et pour ses bains de mer, Fécamp, Honfleur en face du Havre, Granville qui occupe plus de quinze cents hommes à la pêche des huîtres, et dont les navires vont à Terre-Neuve pêcher la morue. Enfin Rouen est aussi un port très commerçant.
—Comment? dit Julien, Rouen est un port?
Morue.—On ne se douterait pas, à voir les morues desséchées étalées à la devanture des épiciers, de ce qu'est l'animal vivant. C'est un gros poisson qui pèse en moyenne douze kilogrammes. Quand on les a pêchées (et un seul homme en pêche parfois à Terre-Neuve jusqu'à quatre cents par jour), on leur coupe la tête, on les ouvre, et on étale les morceaux. Ce sont ces fragments aplatis que vendent les marchands.