—Mais non, je vous assure, dit André à son tour. Tenez, il me semble que ce sont des vêtements qui flottent. Ne serait-ce point le corps d'un homme?
—Il a raison, dit le vieux pilote. Ce doit être un naufragé comme nous, mais plus malheureux que nous.
Tous les yeux fixés sur ce point cherchaient à deviner. On ne pouvait encore bien distinguer l'objet qui flottait sur l'eau. Tout d'un coup une vague plus forte le rapprocha de la barque.
—Oh! mon Dieu! s'écria l'oncle Frantz, qui avait aperçu le visage pâle du naufragé, c'est le capitaine du navire.
Et jetant à la mer un paquet de cordages qui se trouvait à bord de la barque désemparée, il parvint à attirer à lui le corps flottant et à le hisser dans le canot.
On le coucha aussitôt sur le côté. Guillaume desserra les dents du capitaine: on vit l'eau ressortir de sa bouche. Ensuite Guillaume le frictionna par tout le corps pour rappeler la chaleur, et, appuyant la main sur sa poitrine, il la fit successivement se lever et s'abaisser pour imiter les mouvements de la respiration.
Le corps semblait toujours inanimé. Le père Guillaume, sans se décourager, approcha alors sa bouche de la sienne et lui souffla doucement de l'air. Il fit cela avec patience pendant assez longtemps. André et Julien, se dépouillant de leur veste, avaient recouvert le noyé pour le réchauffer.
Enfin le souffle du capitaine parut répondre à celui de Guillaume; un léger tressaillement agita son corps, ses lèvres remuèrent et ses yeux se rouvrirent. L'oncle Frantz, prenant une gourde d'eau-de-vie, lui en versa quelques gouttes qui le ranimèrent tout à fait.
Quand il put parler, le capitaine raconta à ceux dont les soins intelligents venaient de le sauver que la chaloupe chargée de monde avait eu une avarie, avait pris l'eau et sombré. Il avait nagé pendant plusieurs heures, espérant rencontrer quelque navire. Puis il avait aperçu de loin le canot et s'était dirigé vers lui. Enfin les forces l'avaient abandonné, et depuis il ne savait plus ce qu'il était devenu.