Jean Bart, né à Dunkerque en 1631[iii], mourut en 1702. Fils d'un simple pêcheur, il devint l'un de nos plus illustres marins. Un capitaine anglais l'invita un jour à dîner; il se rendit sans défiance sur son navire; mais c'était une trahison: à la fin du dîner les matelots anglais se jetèrent sur Jean Bart pour le faire prisonnier. Celui-ci, avec un sang-froid admirable, se dégageant brusquement, courut vers un tonneau de poudre, en approcha une mèche allumée qu'il avait saisie et cria aux Anglais d'une voix tonnante: «Si vous faites un pas vers moi, je fais sauter le navire et nous avec.» Les Anglais interdits s'écartent, les marins de Jean Bart ont le temps d'arriver, s'emparent du navire, et Jean Bart triomphant ramène à Dunkerque les Anglais prisonniers sur leur propre vaisseau.
—Petit Julien, répondit le père Guillaume, ravi de la bonne surprise qui épanouissait tous les visages, c'est le cadeau d'adieu de notre capitaine. Il a fait dresser avec moi, comme la loi l'y obligeait, le procès-verbal du naufrage du navire: le Poitou était assuré avec toute sa cargaison et le capitaine ne perdra rien: il a trouvé juste que nous ne perdions rien aussi, et il nous envoie ces vêtements en échange de ceux qui ont coulé avec le navire. En même temps, il a ajouté le paiement promis à chacun de nous pour la traversée. Volden, voici tes cinquante francs; André, en voici trente, et toi, Julien, voici un carton d'écolier tout neuf pour te récompenser d'avoir été courageux en mer comme un petit homme.
Julien ne se possédait pas d'aise. Cette caisse à son adresse, c'était le premier meuble qu'il eût possédé:
—Mon oncle, disait-il en sautant de plaisir, voyez donc, nous avons maintenant un mobilier: c'est comme si nous possédions chacun une armoire!
Tout d'un coup, il s'interrompit pour pousser une nouvelle exclamation de surprise:
—Ah! mon Dieu! dit-il, jusqu'à mon joli parapluie que M. Gertal m'avait donné et que j'avais tant de regret d'avoir perdu! Eh bien, le capitaine en a mis un au fond de la caisse, et il est tout pareil, regarde, André.
—Je m'imagine, dit l'oncle Frantz en tendant la main avec émotion à Guillaume, qu'il y a quelqu'un qui a sans doute aidé la mémoire du capitaine.
—Mon vieil ami, dit Guillaume, j'étais chargé de faire l'inventaire complet; j'ai tâché de ne rien oublier.
Ce soir-là, nos quatre amis dînèrent bien contents. Après dîner on alla remercier le capitaine, et chemin faisant Julien ne put s'empêcher de dire qu'il trouvait que les assurances sont une bien bonne chose.