—Oui certes, petit Julien, répondit Guillaume. En donnant aux compagnies d'assurances une faible somme chaque année, on se trouve protégé autant que faire se peut contre les malheurs de toute sorte. Je me suis déjà dit qu'en arrivant chez moi la première chose que je vais faire, ce sera d'assurer contre l'incendie le petit bien dont nous avons hérité et d'assurer contre la grêle mes récoltes de chaque année.

Et le vieux pilote ajouta sentencieusement:

—L'homme sage n'attend point que le malheur ait frappé à sa porte pour lui chercher un remède.

CV.—Le Nord et la Flandre.—Ses canaux, son agriculture et ses industries.—Lille.

Les pays du nord sont ceux que la nature a le moins favorisés; mais l'intelligence et le travail de l'homme ont corrigé la nature et y ont produit des richesses.

Le lendemain, nos amis se séparèrent en se promettant de se revoir bientôt. Guillaume allait retrouver sa femme, Frantz et ses neveux se dirigeaient vers Phalsbourg pour y terminer leurs affaires.

Lorsque le bateau quitta Dunkerque pour naviguer sur le canal, Julien, debout sur le pont, observait le pays avec attention.—Regarde bien, Julien, lui dit l'oncle Frantz, qui était tout près, enfonçant dans l'eau sa longue perche; le département du Nord où nous voici vaut la peine que tu l'admires. C'est, après le département de la Seine, le plus peuplé de France, et l'agriculture comme l'industrie y est prospère.

—Ces provinces sont riches et couvertes de villes florissantes. Leur fertilité en blé les a fait nommer le grenier de la France. Lille a environ 200,000 habitants. L'ancienne capitale de l'Artois était Arras (30,000 hab.), fortifiée par Vauban. L'ancienne capitale de la Picardie était Amiens (70,000 hab.). Cette ville importante est située sur la Somme, rivière aux eaux dormantes. C'est encore un grand centre industriel; on y fabrique des tapis et des velours renommés. Abbeville (20,000 hab.) est connue pour sa serrurerie.

En effet, tout le long des bords du canal, souvent noircis par la poussière du charbon de terre, on voyait se déployer de grandes plaines où travaillaient sans relâche les cultivateurs affairés. On était à la fin de janvier, et chacun préparait la terre à recevoir les semences du printemps.