Bientôt on arriva à Lille, la cinquième ville de France, qui est en même temps une place forte de premier ordre, tout entourée de remparts et de bastions, et qui soutint plusieurs sièges héroïques. Julien fut envoyé faire quelques commissions à travers Lille: il revint émerveillé du mouvement qu'il avait vu partout, et du bruit des grandes filatures dont on entendait en passant siffler les machines à vapeur.

Comme il avait vu sur une place de Lille le nom de Philippe de Girard, il songea aussitôt à interroger son livre sur ce grand homme.—Quel bonheur, pensa-t-il, que j'eusse mon livre dans ma poche lors de la tempête! L'Océan ne l'a pas englouti, mon cher livre; il me semble que je l'aime plus encore, à présent qu'il a fait avec moi tant de courses extraordinaires. Voyons ce qu'il va m'apprendre sur Lille.

Et l'enfant ouvrit son livre.

CVI.—Un grand homme auquel le Nord doit une partie de sa prospérité: Philippe de Girard.—La machine à filer le lin.

Un seul homme, par son génie et sa persévérance, peut faire changer de face toute une contrée.

En l'année 1775, un petit enfant nommé Philippe de Girard venait au monde dans un village du département de Vaucluse.

—Le département de Vaucluse, se dit Julien, chef-lieu Avignon; j'ai passé par là en allant à Marseille, je me le rappelle très bien.

Dès que le petit Philippe sut lire, il employa toutes ses journées à étudier, à feuilleter des livres savants.

A l'heure des récréations, Philippe allait jouer dans le jardin paternel, mais ses jeux étaient de nouveaux travaux. Il construisait de petits moulins que faisait tourner le ruisseau du jardin: il fabriquait de toutes pièces ou dessinait sur le papier des machines de diverses sortes.