Le roi furieux répondit qu'en ce cas il les ferait tous pendre.
Les chevaliers anglais réussirent pourtant à le calmer un peu, et il se contenta d'exiger que Calais lui livrât six bourgeois, parmi les notables, pour être mis à mort.
Le gouverneur de la ville vint alors au marché pour annoncer la triste nouvelle. Il fit sonner la cloche. Au son du la cloche, hommes et femmes se réunirent pour l'entendre.
Grande fut la consternation en apprenant l'arrêt du roi d'Angleterre. Tous se regardaient les uns les autres, se demandant quelles seraient parmi eux les six malheureuses victimes. Tout d'un coup le plus riche bourgeois de la ville, Eustache de Saint-Pierre, se leva; il s'avança vers le gouverneur et, d'une voix ferme, il se proposa le premier pour mourir.
Aussitôt trois autres bourgeois imitent son noble exemple et, quand il ne reste plus que deux victimes à choisir, tant d'habitants se proposent pour mourir et sauver leurs concitoyens, que le gouverneur de la ville est obligé de tirer au sort.
Ensuite les six bourgeois partirent au camp anglais, en chemise, pieds nus, la corde au cou, portant les clefs de la ville. Ils s'agenouillèrent devant le roi en lui tendant les clefs.
Il n'y eut alors, parmi les Anglais, si vaillant homme qui pût s'empêcher de pleurer en voyant le dévouement des six bourgeois. Seul, le roi d'Angleterre, jetant sur eux un coup d'œil de haine, commanda que l'on coupât aussitôt leurs têtes. Tous les barons et chevaliers anglais versaient des larmes et demandaient de faire grâce, mais Édouard, grinçant des dents, s'écria:
—Qu'on fasse venir le coupe-tête.
Au même moment, la reine d'Angleterre arriva. Elle se jeta à deux genoux aux pieds du roi, son époux:
—Grâce, grâce! dit-elle; et elle pleurait à tel point qu'elle ne pouvait se soutenir. Ah! gentil sire, je ne vous ai jamais rien demandé; aujourd'hui je vous le demande, pour l'amour de moi, ayez pitié de ces six hommes!